Dantès Bellegarde, Haïti et ses problèmes


 

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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Dantès Bellegarde, Haïti et ses problèmes. (1921)
Table des matières


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Dantès Bellegarde, Haïti et ses problèmes. (1921) Montréal: Les Éditions Bernard Valiquette, 1941, 299 pp. Une édition numérique réalisée par Wood-Mark PIERRE, bénévole, étudiant en sociologie à l'Université d'État d'Haïti et membre du Réseau des bénévoles des Classiques des sciences sociales en Haïti.

[7]

Haïti et ses problèmes

Préface

À Mgr Joseph Le Gouaze, Archevêque de Port-au-Prince, je dédie cet ouvrage, composé en grande partie des articles que J’ai publiés, au cours des années 1939 et 1940, dans son journal La Phalange.

Cet éminent prélat a compris la nécessité pressante pour l’Église de jouer un rôle plus actif dans la vie sociale du peuple haïtien et il a recouru aux deux moyens les plus efficaces en ce domaine : la prédication et la presse.

Dès 1898, dans une petite revue littéraire, La Ronde, dont j'étais le secrétaire, j'émettais le vœu que le Clergé Catholique intensifiât sa campagne de moralisation parmi les classes populaires et qu'il menât franchement la lutte, auprès des classes cultivées, contre les doctrines d'anarchie matérialiste et de scepticisme philosophique, dont les semences commençaient à germer en terre haïtienne.

Deux sortes de prédications me paraissaient nécessaires à l'Église d'Haïti, pour qu'elle pût travailler avec succès à cette œuvre de moralisation et d'éducation.

D'abord, une prédication morale très simple, qui, mise à la portée de tous, amènerait à la religion, avec la foule des âmes naïves, quelques-unes de ces personnes qu'une instruction mal assimilée a égarées et qui, tourmentées d'un perpétuel désir de sensations troublantes, gardent néanmoins dans le tréfonds de leur être un besoin imprécis d'adoration et de foi. Elle ferait sans aucun doute beaucoup de bien au peuple haïtien qui a « grand'faim de cette saine et forte nourriture ». Dans les campagnes, elle serait donnée en patois créole pour pénétrer plus profondément dans le cœur de nos masses rurales.

À côté de cette prédication sans fard, que sa bonhomie et sa franchise d'allure rendraient souvent éloquente, [8] il y en aurait une autre, d'inspiration plus haute, qui s'adresserait particulièrement à l'élite cultivée, c'est-à-dire aux classes dirigeantes du pays. Elle étudierait les vices essentiels de notre organisation sociale et indiquerait les moyens d'y porter remède.

Les questions sociales ont pris en notre temps une trop grande importance pour que l'Église s'abstienne de les discuter. Possédant toute la vérité, elle peut rassembler les vérités particulières fournies par la science, les examiner à la lumière de la foi, en faire la synthèse victorieuse et montrer qu'elles ne sont point en désaccord avec le dogme. Elle ne doit pas rester impassible devant le succès croissant des doctrines matérialistes qui, en se propageant dans les sociétés contemporaines et dans la nôtre aussi, tendent à les transformer et à y tarir toutes les sources d'enthousiasme et de fou.

Ce vœu que j'exprimais il y a environ quarante-deux ans est aujourd'hui à peu près exaucé.

Nous savons depuis longtemps que les curés de campagne, en particulier, n'ont jamais négligé cette prédication de morale pratique, adaptée aux besoins spirituels et matériels de la population paysanne. La plupart d'entre eux, Français de France, parlent de façon parfaite le patois, comme ce Père Valentin — « Haïtien intégral », selon J. B. Cinéas, — « qui se vantait d'avoir oublié le français et se jugeait capable d'écrire une grammaire créole ». Tel aussi ce Père Monteil, du Petit Séminaire Collège S. Martial, dont l'éloquence savoureuse lui a valu récemment un juste éloge de M. François Mathon, Commissaire du Gouvernement près la Cour de Cassation. Y a-t-il beaucoup de gens à savoir que l'ancien Archevêque de Port-au-Prince, Mgr Conan, possède à la perfection notre « parler » populaire ? Quand je l'entendis la première fois s'exprimer en créole, je n'en voulus point croire mes oreilles : j'avais simplement oublié que le jeune diacre Conan était arrivé chez nous de sa Bretagne natale à l'âge de vingt ans et qu'il était devenu l'un de ces vieux serviteurs d'Haïti qui n'ont plus d'autre rêve que de « mêler leurs os à la bonne terre haïtienne ».

[9]

C'est pour montrer nettement sa volonté d'engager l'Église d'Haïti dans une vigoureuse action catholique contre les doctrines de désordre, de destruction et de haine, que Mgr Le Gouaze invita le R. P. Ducatillon à prêcher le Carême en 1938. Qui peut avoir oublié la parole chaude, précise et entraînante du jeune Dominicain dont l'éloquence avait déjà fait retentir les voûtes de Notre-Dame de Paris ? Dans une série de conférences que vinrent écouter des centaines de fidèles massés autour de la chaire de la Cathédrale de Port-au-Prince, et que suivirent avec un égal intérêt à la radio des milliers d'auditeurs le savant prédicateur fit le procès du communisme, qu'il connaît à fond pour l'avoir étudié dans ses causes, ses origines et ses résultats. Il prit le monstre à bras-le-corps et le terrassa dans l'arène scientifique où le marxisme prétendait avoir établi ses plus solides fondations.

De la Chaire, le Chef de l'Église d'Haïti a transporté la lutte dans la presse, dont l'action est si considérable pour la propagation des bonnes ou des mauvaises idées. C'est à cette préoccupation qu'est due la création de La Phalange qui, sans se soucier des personnes, mène contre les doctrines malfaisantes du racisme athée et du bolchevisme sanguinaire sa campagne ardente et vigoureuse.

Il faut combattre par la parole et par la plume ces théories meurtrières. Mais nous ne devons pas perdre de vue que l'un des plus sûrs moyens d'en empêcher la diffusion est de détruire la misère et l'ignorance, où elles trouvent un terrain favorable à leur insidieuse propagande.

En élevant le niveau moral et religieux de nos populations urbaines et rurales, en leur inspirant le goût du bien-être et du confort, en leur apprenant à se procurer une alimentation saine et substantielle et à se construire des maisons hygiéniques, nous les mettrons à l'abri des maux qui les menacent dans leurs corps et dans leur âme.

C'est à cette défense nécessaire du corps et de l'âme de la nation haïtienne que sont consacrées les études réunies dans ce volume. Mais il fallait se garder de considérer [10] Haïti comme isolée dans le monde. Aussi ai-je tenu à marquer sa place dans la société internationale et le rôle qu'elle a joué et qu'elle peut jouer principalement dans l'Union Panaméricaine.

Dirai-je ma joie particulière de pouvoir unir dans ce livre le nom d'Haïti à celui du Canada ? Les liens qui se sont formés depuis quelque temps entre ces deux pays sont devenus si puissants et si doux que rien de ce qui peut affecter l'un ne peut laisser l'autre indifférent. Nous étions comme deux frères que les hasards de la vie avaient, pendant de longues années, tenus séparés. Nous nous sommes retrouvés. Et nous avons reconnu que nous sommes frères, parce que sur nos lèvres chante te même parler divin, et que dans nos cœurs palpite la même foi chrétienne.

Des gens qui se disent réalistes peuvent sourire, quand nous parlons ainsi de rapprochement des peuples par le sentiment religieux et la culture. Ils se disent réalistes, et ils ignorent ces puissantes réalités que sont les forces spirituelles. Ils se disent réalistes, et ils ne savent pas que toute vie individuelle, toute vie sociale, toute vie internationale, et même toute vie économique serait impossible si elle ne reposait sur ces principes de liberté, d'égalité, de fraternité et de justice qui trouvent leur source dans l'âme humaine.

C'est autour de ces principes supérieurs de démocratie chrétienne que les peuples rassemblent aujourd'hui leurs cœurs pour sauver la civilisation en détresse.

D.B.

19 mars 1941.

Je tiens à exprimer ma très vive gratitude, pour l'intérêt et pour l'aide qu'ils ont bien voulu apporter à la publication de ce livre, aux professeurs Philip C. Jessup, de la section du droit international, et au docteur James T. Shotwell, de la section de l'Economique et de l'Histoire de la Dotation Carnegie pour la Paix internationale. L'univers connaît déjà les activités de cette illustre institution et c'est pour moi un très grand honneur de constater que ce modeste ouvrage a été jugé digne de quelque intérêt par les deux personnalités nommées plus haut.


Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le samedi 18 novembre 2017 8:03
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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