Gaston Bachelard, ÉTUDES


 

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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Gaston Bachelard, ÉTUDES.
Présentation


Une édition numérique réalisée à partir du livre de Gaston Bachelard, ÉTUDES. Paris: Librairie philosophique J. VRIN, 1970, 99 pp. Collection: Bibliothèque des textes philosophiques. Une édition numérique réalisée par Daniel Boulagnon, bénévole, professeur de philosophie au lycée Alfred Kastler de Denain (France).

[7]

Présentation

Par Georges Canguilhem


« J'étudie ! Je ne suis que le sujet du verbe étudier. Penser, je n'ose. Avant de penser il faut étudier. Seuls, les philosophes pensent avant d'étudier. » [1] Dans son dernier livre, quelques mois avant sa brève maladie et sa mort, Gaston Bachelard s'est défini comme un étudiant. Nous n'avons pas cru lui être infidèle en présentant comme Études quelques travaux anciens, composés entre 1931 et 1934, et dont il faut dire brièvement quel intérêt a paru justifier leur recueil.

L'Essai sur la connaissance approchée a été soutenu comme thèse de doctorat en 1927. La valeur inductive de la relativité a été publiée en 1929. Le pluralisme cohérent de la chimie moderne est de 1932, contemporain du premier des articles ici rassemblés. Donc, en 1932, Gaston Bachelard a déjà composé un premier groupe organique d'ouvrages d'épistémologie, dans lesquels il n'est pas difficile, du fait même de leurs titres, d'apercevoir la détection systématique des traits distinctifs de la science, au début du XXe siècle : approximation, inductivité, cohérence. En 1934 Le Nouvel esprit scientifique vient frapper de stupeur bien des philosophes. Dès le début, Bachelard proclame que « la science crée de la philosophie » ; vers la fin, au terme d'un chapitre irrévérencieusement consacré à l'épistémologie non-carté-sienne, il déclare : « Il y a des pensées qui ne recommencent pas. » En 1938, Bachelard par la publication simultanée de La formation de l'esprit scientifique et de La psychanalyse du feu, révèle la bipolarité cohérente — bien que pour certains fort déconcertante — de sa philosophie. On connaît la suite, sur les [8] deux chemins, jusqu'au Matérialisme rationnel (1953) d'une part, jusqu'à La poétique de la rêverie (1960) d'autre part.

Les quatre articles et la communication de congrès, ici représentés dans leur ordre chronologique, méritent de retenir l'attention pour leur éclairement de la période intermédiaire entre le premier groupe d'ouvrages et la double série à partir de 1934. Nous les tenons pour des études réfléchies, intérieurement soutenues par une visée précisément dirigée, pour des exercices préparatoires d'exécution. Pour qui les relit de près, ces études portent trace d'itinéraires de recherche et de problématiques, dont les trois ouvrages de la période 1927-1932 ne contiennent pas d'indications perceptibles.

Dans Noumène et Microphysique apparaît, pour la première fois semble-t-il, le terme de « phénoménotechnique » qui deviendra, à partir de 1934, une catégorie fondamentale de l'épistémologie de Bachelard, progressivement plus défiante à l'égard de toute phénoménologie du savoir. Avant d'écrire, en 1934, que la science crée de la philosophie, Bachelard le montre, par l'exemple, en célébrant la relève de la métaphysique par la « métatechnique d'une nature artificielle ».

Si la science crée de la philosophie, il faut admettre, réciproquement, que la philosophie soit mal fondée à assigner à la science des limites. La Critique du concept de frontière épistémologique oppose au concept religieux ou juridique de frontière métaphysique infranchissable le concept opératoire de limite à transgresser expérimentalement. De l'arrêt de la recherche, à un moment donné, le savant se fait un programme, quand le métaphysicien lui prédit une capitulation. On pressent, à cette occasion, que Bachelard a déjà entrevu le pouvoir illimité de l'imagination, aux dimensions duquel il égale le pouvoir d'assimilation par la science de ses lisières temporaires. « Par certains côtés, il ne nous semble pas plus utile de parler des frontières de la Chimie que des frontières de la Poésie. »

Idéalisme discursif semble écrit pour préparer les esprits à recevoir la leçon du nouvel esprit scientifique. La suite des ouvrages épistémologiques à venir n'y est sans doute pas préformée, mais elle n'y apportera aucun démenti, aucun repentir. « Il faut [9] errer pour aboutir... Il ne saurait y avoir de vérité première ; il n'y a que des erreurs premières. » Pour le moment nous avons affaire à une philosophie encore oscillante, qui va du sujet à l'objet et vice-versa. Mais s'y annonce la constitution du sujet par la construction de l'objet. Le sujet n'est constituant que par la destitution de ce qu'il prenait d'abord pour l'objet. « Je suis la limite de mes illusions perdues. »

Le concept d'obstacle épistémologique, sans toutefois qu'il soit nommé, est présent dans Lumière et Substance. La dénonciation du réalisme de Schopenhauer, en matière de philosophie des sciences physiques, fait appel à une psychologie de l'auteur qui est déjà une psychanalyse de ses métaphores familières. Derrière le réalisme schopenhauerien, Bachelard nous fait soupçonner « une avarice de célibataire. »

Des cinq textes réunis, Le monde comme caprice et miniature est celui qui semble d'abord le plus rétif à son insertion dans un ensemble et le moins propre à être présenté comme préparation à quelque suite. Bachelard y traite des rapports de la rêverie et de la perception de l'espace, en utilisant des travaux de psychologues, de bonne tenue d'ailleurs. Le moment n'est pas encore venu où Bachelard écrira : « Mais un philosophe peut-il devenir psychologue ? Peut-il plier son orgueil jusqu'à se contenter de la constatation des faits, alors qu'il est entré, avec toutes les passions requises, dans le domaine des valeurs ? [2] » Et cependant les thèmes resteront, quand la méthode aura changé. La miniature fait l'objet du paragraphe troisième du chapitre premier de La terre et les rêveries du repos, du septième chapitre de La poétique de l'espace. Et ne peut-on penser, même, que la méthode est déjà en train de changer ? La fin de cet article est une confidence et un avertissement que l'on n'a pas su lire sur le champ. Dès 1933, la complaisance à ce qu'il nomme « le fruit défendu des hallucinations lilliputiennes » nous est présentée par Bachelard comme l'expression d'une rêverie au travail sans hâte.

Gaston Bachelard est, maintenant, né double et complet. Sa [10] vie de philosophe va s'accomplir, dans un labeur uni, selon deux temporalités bien distinctes : le temps accéléré de l'impatience épistémologique, anxieuse à l'idée d'être distancée par le renouvellement dialectique du savoir, le temps paresseux de la rêverie, « non tourmentée par des censures. » Il fallait inventer en philosophie le dualisme sans excommunication mutuelle du réel et de l'imaginaire. Gaston Bachelard est l'auteur de cette invention, par l'application hardie d'un nouveau principe de complémentarité. Les Études de la période 1931-1934 sont à la fois les témoins et les premiers fruits de cette invention.

Georges Canguilhem.



[1] La flamme d'une chandelle, Paris, P.U.F., 1961, p. 55.

[2] La poétique de la rêverie, p. 2.


Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le jeudi 2 juillet 2015 18:09
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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