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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Théorie de l'évolution économique.
Recherche sur le profit, le crédit, l'intérêt et le cycle de la conjoncture.
(1911)
PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION, 1926


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Joseph Schumpeter, Théorie de l'évolution économique. Recherche sur le profit, le crédit, l'intérêt et le cycle de la conjoncture. (1911) Traduction française, 1935. (Avec une introduction de François Perroux)

PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION, 1926


par Joseph Schumpeter, Bonn, octobre 1926.


Dans la deuxième édition de ce livre qui était presque complètement épuisé depuis environ dix ans, il eût peut-être été de mon devoir de prendre position vis-à-vis de toutes les critiques qui m'ont été adressées et de soumettre mes idées à une minutieuse vérification par la statistique et par l'histoire. je sais que par là j'aurais servi ces idées. La discussion des critiques est un moyen essentiel pour faire l'exégèse pénétrante d'une théorie. Un cercle plus large se familiarise avec elle, souvent même la comprend alors pour la première fois. Autrement le critique comme son lecteur acquiescent naturellement aux objections et à la condamnation qu'elles entraînent. je n'ai agi de la sorte que dans très peu de cas. Le fait que, parmi ceux qui rejettent ma théorie, se trouve Böhm-Bawerk, exclut le soupçon que j'aie pu sous-estimer mes critiques. je suis persuadé maintenant beaucoup plus que je ne l'étais, de la nécessité d'une compénétration des faits et de la théorie. Cependant je me suis borné à quelques rares indications. Sans doute est-ce une déviation de la saine méthode. Mais j'ai voulu de la sorte faire ressortir plus clairement et plus nettement les idées essentielles. je constate, au reste sans enthousiasme, que l'examen de conscience le plus sévère m'a sans cesse persuadé de la vérité de ce que j'exposais autrefois. Sans opinions ou avec des opinions fausses sur l'entrepreneur, le profit, le capital, le crédit et les crises, on ne peut rien dire de raisonnable sur tout ce qui nous intéresse et nous fait agir dans le monde de l'activité économique. Et, comme il s'agissait de choses essentielles pour notre conception de la vie sociale, j'ai cru de mon devoir de montrer au lecteur par des coupures, des simplifications, des formules nouvelles, et avec toute la pénétration dont j'étais capable, ce dont il est question dans cet ordre de problèmes. Je l'ai tenté sans pénétrer davantage dans le maquis des questions particulières de la théorie et de la statistique qui confinent à notre sujet.

Ainsi cette édition a été, avant tout, abrégée. Le septième chapitre de la première édition est complètement supprimé. Dans la mesure où il a eu une portée, elle a été tout à fait contraire à mes intentions. L'exposé sociologique sur la culture, entre autres, a détourné l'attention du lecteur des arides problèmes de théorie économique, dont je veux voir la solution comprise. Aussi bien ce chapitre m'a valu, à l'occasion, certaines approbations, qui me sont aussi fatales que la condamnation de ceux qui ne peuvent me suivre. Les premier, quatrième et cinquième chapitres sont restés pour ainsi dire sans modification. Et plus d'un passage que j'en aurais voulu rayer, dut rester, car il répondait par avance à des objections que l'on a élevées cependant par la suite. Mais ces chapitres contiennent aussi des résumés, des adjonctions et des formu-lations nouvelles. Aussi je demande aux spécialistes, qui liront ce livre, d'utiliser désormais seulement la nouvelle édition. J'espère avoir traité au troisième chapitre d'une manière plus satisfaisante que dans la première édition, la question des limites de la création du pouvoir d'achat par les banques : c'est là que prennent racines les objections les plus nombreuses contre la théorie du crédit contenue dans ce livre, théorie qui, par ailleurs, me semble irrésistible. Les autres modifications n'ont été fai-tes que pour des motifs de présentation. Le second chapitre, qui fournit la construction fondamentale, d'où découle tout le reste, a été complètement récrit à part quelques phrases. J'ai éliminé bien des choses qui, exposées avec la prolixité et la suffisance de la jeunesse, étaient auparavant propres à provoquer un juste scandale. Mais quoique je pense avoir tout dit avec plus de correction et de précision, quoique la réflexion et l'expérience de la vie aient pu modifier mon optique, j'ai gardé tout l'es-sen-tiel. Le chapitre septième, lui aussi, a été récrit jusqu'au numéro 1, tantôt complété, tantôt simplifié. Je le répète: si, à la seconde rédaction j'ai approuvé les plus sévères critiques et si j'ai excusé ceux qui n'ont pas saisi l'essentiel de mon argumen-tation parce que mon premier texte était peu propre à les y aider, j'ai aussi éprouvé nettement que ma solution du problème de la conjoncture était correcte et l'avait été dès le début.

Malheureusement, pour exprimer l'identité fondamentale du livre sous sa forme nouvelle avec le livre de 1911, il me faut conserver le titre. Les questions qui m'arrivent sans cesse de tous les pays au sujet de mon ouvrage sur « L'histoire économi-que », montrent combien ce titre était peu heureux. Le nouveau sous-titre doit combattre cette impression qui induit en erreur et indiquer que ce que le lecteur trouve ici n'a pas plus de rapports avec l'histoire économique que toute autre théorie économi-que. Mon désir d'apporter des modifications s'est trouvé par ailleurs limité, car il m'a fallu tenir compte de cet être vivant, détaché de moi, qu'est maintenant mon livre et qui, comme tel, s'est fait sa place dans la littérature théorique de notre temps.

Que le lecteur le sache : cet ouvrage peut être bon ou mauvais. Mais sa complication est inhérente au sujet et aucune simplification ne saurait l'éluder. Aussi n'est-il accessible au lecteur qu'après un travail personnel fait à tête reposée. C'est temps perdu que de le lire sans pouvoir fournir ce travail par manque de formation théori-que, ou parce que l'on juge qu'il ne vaut pas la peine de le fournir. On ne peut pas, en particulier, « consulter » ce livre pour déterminer l'opinion de l'auteur sur une ques-tion isolée, par exemple sur la cause du cycle de la conjoncture : le chapitre consacré aux crises ne donne pas, par lui seul, cette réponse, car il est un élément non autonome d'une longue chaînes d'idées. Sa lecture isolée ne laisse après elle que des questions sans réponse et des objections patentes. Celui qui croit pouvoir tirer quelque profit de cet ouvrage doit le repenser. L'indication suivante lui sera utile. Le premier chapitre n'apporte rien au spécialiste à part quelques propositions importantes pour la suite des idées. de la théorie de l'intérêt du cinquième chapitre. Il peut le sauter, à condition d'y revenir dès qu'une expression ultérieure lui paraît insuffisamment fondée et avant qu'il n'en tire une objection.

Dans le deuxième chapitre chaque phrase a son importance.

J'ai détaché du troisième chapitre pour en faire un appendice ce que l'on peut en sauter sans nuire à sa cohésion. Lorsque l'on s'est assimilé les deuxième et troisième chapitres, on a tout ce qui est nécessaire à la compréhension de chacun des trois chapitres suivants. Celui qui admet notre idée fondamentale n'a besoin de lire que le commencement et la fin du quatrième chapitre. Des parties de l'argumentation du cinquième chapitre ne sont destinées qu'au spécialiste, particulièrement au spécialiste que rebute, par principe, la conception exposée. Le sixième chapitre concentre tant de choses dans une brièveté désespérée, qu'en négliger une phrase peut empêcher de comprendre et d'approuver.

Bonn, octobre 1926.

SCHUMPETER.

Retour à l'auteur: Joseph Schumpeter Dernière mise à jour de cette page le mercredi 15 août 2007 6:45
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cégep de Chicoutimi.
 
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