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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Friedrich Engels, La guerre des paysans en Allemagne (1850)
La préface de l'auteur


Une édition électronique réalisée à partir du texte de Friedrich Engels, La guerre des paysans en Allemagne. Introduction, traduction entièrement revue et notes d’Émile Bottigellli. Paris : ÉDITIONS SOCIALES, 1974, 198 pp. Une édition numérique réalisée par Marcelle Bergeron, bénévole, professeure à la retraite de l'École polyvalente Dominique-Racine de Chicoutimi.

Préface de l'auteur

I 

 

Londres, 1er juillet 1874.

Friedrich ENGELS 

 

Le présent ouvrage a été écrit à Londres pendant l'été de 1850, sous l'impression directe de la contre-révolution qui venait à peine de s'achever ; il parut dans les numéros 5 et 6 de la Neue Rheinische Zeitung. Politisch-ökonomische Revue dirigée par Karl Marx, Hambourg 1850. Mes amis politiques en Allemagne désirent le réimprimer et j'acquiesce à leur demande, car il est, aujourd'hui encore, malheureusement d'actualité. 

Ce travail ne prétend pas fournir une documentation résultant d'une recherche personnelle ; au contraire, tous les matériaux relatifs aux soulèvements paysans et à Thomas Münzer ont été empruntés à Zimmermann [1]. Son livre, quoique présentant ici et là des lacunes, reste encore le meilleur recueil des faits. Le vieux Zimmermann aimait d'ailleurs vivement son sujet. Ce même instinct révolutionnaire qui se manifeste partout ici en faveur de la classe opprimée fit de lui un des meilleurs représentants de l'extrême-gauche à Francfort [2]. Depuis, il doit certes avoir un peu vieilli. 

Si par contre dans l'exposé de Zimmermann l'enchaînement interne fait défaut, s'il n'arrive pas à présenter les controverses religieuses et politiques de l'époque comme le reflet des luttes de classes contemporaines, s'il ne voit dans ces luttes que des oppresseurs et des opprimés, des méchants et des bons, et finalement le triomphe des méchants, si sa compréhension des rapports sociaux qui déterminèrent aussi bien l'explosion que l'issue de la lutte est tout à fait déficiente, la faute en est à l'époque où ce livre parut. On peut même dire que, pour son temps, ce livre est encore très réaliste et constitue une louable exception parmi les ouvrages des historiens idéalistes allemands. 

Mon exposé cherchait, en n'esquissant le cours historique de la lutte que dans ses grandes lignes, à expliquer l'origine de la guerre des paysans, la position prise par les divers partis qui y participèrent, les théories politiques et religieuses par lesquelles ils cherchèrent à se l'expliquer et enfin le résultat de la lutte à partir des conditions d'existence historique de ces classes. En d'autres termes, je cherchais à montrer que la Constitution politique de l'Allemagne, les soulèvements contre elle, les théories politiques et religieuses de l'époque n'étaient pas des causes, mais des résultats du degré de développement auquel étaient arrivés, dans ce pays, l'agriculture, l'industrie, les voies de communication, le commerce des marchandises et de l'argent. Cette conception — qui est la seule conception matérialiste de l'histoire — provient de Marx et non de moi ; on la retrouve dans ses travaux sur la révolution française de 1848-49, publiés dans cette même Revue et dans son 18 Brumaire de Louis Bonaparte. 

Le parallèle entre la révolution allemande de 1525 et celle de 1848-49 était trop proche pour pouvoir être écarté à l'époque. Toutefois, à côté de la similitude du cours général des événements, qui fait qu'ici comme là ce fut toujours une seule et même armée de princes qui écrasa l'une après l'autre les diverses insurrections locales, à côté de la ressemblance, poussée parfois jusqu'au ridicule, dans la conduite de la bourgeoisie urbaine dans l'un et l'autre cas, il y a aussi des différences parfaitement claires et nettes : 

« Qui profita de la révolution de 1525 ? Les princes. Qui profita de la révolution de 1848 ? Les grands souverains, l'Autriche et la Prusse. Derrière les petits princes de 1525 il y avait, liés à eux par le paiement des impôts, les petits bourgeois ; derrière les grands princes de 1850, derrière l'Autriche et la Prusse, il y a les grands bourgeois modernes qui se les soumettent rapidement au moyen de la dette d'État. Et derrière les grands bourgeois il y a les prolétaires. »

 

Je regrette d'être obligé de dire que, dans cette phrase, on faisait bien trop d'honneur à la grande bourgeoisie allemande. Elle a bien eu l'occasion, en Autriche comme en Prusse, « de se soumettre rapidement » la monarchie « au moyen de la dette d'État » ; mais jamais ni nulle part elle n'a profité de cette occasion. 

La guerre de 1866 a fait tomber l'Autriche comme un don du ciel entre les mains de la bourgeoisie ; mais celle-ci ne sait pas régner, elle est impuissante et incapable de quoi que ce soit. Elle ne sait qu'une chose : sévir contre les travailleurs dès qu'ils bougent. Elle ne reste plus à la barre que parce que les Hongrois en ont besoin. 

Et en Prusse ? Il est vrai, la dette d'État s'est vertigineusement accrue, le déficit est proclamé en permanence, les dépenses publiques augmentent chaque année, les bourgeois ont la majorité à la Chambre, sans eux on ne peut ni augmenter les impôts, ni obtenir de nouveaux emprunts — mais où est donc leur pouvoir sur l'État ? Il y a quelques mois à peine, lorsque le budget était de nouveau en déficit, ils avaient une position excellente. Il leur suffisait d'un peu de ténacité pour arracher de jolies concessions. Or que font-ils ? Ils considèrent comme une concession suffisante le fait que le gouvernement daigne leur permettre de mettre à ses pieds 9 millions, et cela non seulement pour un an, mais annuellement et pour toute la suite. 

Je ne veux pas blâmer ces pauvres « nationaux-libéraux » de la Chambre plus qu'ils ne le méritent. Je sais qu'ils sont abandonnés par ceux qui sont derrière eux, par la masse de la bourgeoisie ; celle-ci ne veut pas régner : le souvenir de 1848 est encore trop vif en elle. 

Nous verrons plus loin pourquoi la bourgeoisie allemande manifeste une lâcheté aussi remarquable. 

Pour le reste, la phrase citée plus haut s'est trouvée entièrement confirmée. Depuis 1850, nous voyons les petits États, qui ne servent plus que de leviers pour les intrigues prussiennes ou autrichiennes, passer de plus en plus résolument à l'arrière-plan, des luttes toujours plus vives pour l'hégémonie entre l’Autriche et la Prusse, enfin l'explication par la force de 1866, après laquelle l'Autriche conserve ses propres provinces, la Prusse se soumet, directement ou indirectement, tout le Nord, tandis que les trois États du Sud-Ouest sont provisoirement flanqués à la porte [3]. 

Pour la classe ouvrière allemande tous ces grands événements historiques ne présentent que l’importance suivante : 

Premièrement, grâce au suffrage universel, les ouvriers ont obtenu le pouvoir de se faire représenter directement à l’Assemblée législative.

Deuxièmement, la Prusse a donné la première le bon exemple en escamotant trois autres couronnes de droit divin [4]. Même les nationaux-libéraux ne croient plus, après cette pratique, que leur pays possède encore la même couronne immaculée de droit divin qu’il s’attribuait auparavant.

Troisièmement, il n'y a plus, en Allemagne, qu’un adversaire sérieux de la révolution : le gouvernement prussien.

Et quatrièmement, les Autrichiens-Allemands doivent enfin se demander une bonne fois ce qu'ils veulent être : Allemands ou Autrichiens, à quel parti ils préfèrent appartenir : à l'Allemagne ou à leurs annexes de Transleithanie ? Qu'ils doivent abandonner l'un ou l'autre était évident depuis longtemps, mais la démocratie petite-bourgeoise l'a toujours dissimulé.

 

En ce qui concerne les autres litiges importants nés de 1866 et discutés depuis jusqu'à satiété entre les « nationaux-libéraux » d'une part et les « populistes » de l'autre, l'histoire des années à venir pourrait bien prouver que ces deux points de vue ne se combattent avec tant de violence que parce qu'ils sont les pôles opposés d'un même esprit borné. 

L'année 1866 n'a presque rien changé aux rapports sociaux en Allemagne. Les quelques réformes bourgeoises — système uniforme des poids et mesures, liberté de circuler, liberté professionnelle, etc., tout cela adapté à des limites bureaucratiques — n'atteignent même pas au niveau de ce qui a été conquis, depuis longtemps, par la bourgeoisie d'autres pays de l'Europe occidentale et laissent intact le principal fléau, le système bureaucratique des licences [5]. Du reste, pour le prolétariat, toutes ces lois sur la liberté de circuler, sur le droit de cité, sur la suppression des passeports, etc., sont rendues parfaitement illusoires par les pratiques policières en usage. 

Ce qui est bien plus important que les événements historiques de 1866, c'est le développement depuis 1848 en Allemagne de l'industrie et du commerce, des chemins de fer, des télégraphes et de la navigation transatlantique à vapeur. Si loin que soient ces progrès de ceux accomplis dans le même laps de temps en Angleterre et même en France, ils sont cependant inouïs pour l'Allemagne et ont réalisé, au cours de ces vingt années, bien plus que tout un siècle d'une autre période n'a jamais réalisé. Ce n'est qu'à présent que l'Allemagne se trouve vraiment et irrévocablement entraînée dans le commerce mondial. Les capitaux des industriels se sont rapidement accrus, la position sociale de la bourgeoisie s'est élevée en conséquence. Le symptôme le plus certain de la prospérité industrielle, la spéculation, fleurit abondamment, et enchaîne comtes et ducs à son char triomphal. Le capital allemand — que la terre lui soit légère ! — construit maintenant des chemins de fer russes et roumains, alors qu'il y a à peine quinze ans les chemins de fer allemands mendiaient le concours d'entrepreneurs anglais. Comment est-il donc possible que la bourgeoisie n'ait pas conquis aussi la domination politique, qu'elle se conduise aussi lâchement à l'égard du gouvernement ?

 

La bourgeoisie allemande a le malheur — selon la manière chérie des Allemands — d'arriver trop tard. Sa prospérité tombe dans une période où la bourgeoisie des autres pays d'Europe occidentale est politiquement à son déclin. En Angleterre elle n'a pu faire entrer son propre représentant, Bright, au gouvernement qu'au prix d'une extension du droit électoral, fait qui, par ses conséquences, mettra nécessairement fin à toute la domination bourgeoise. En France, où la bourgeoisie comme telle, en tant que classe, n'a régné que deux années sous la république, entre 1849 et 1850, elle n'a pu prolonger son existence sociale qu'en cédant sa domination politique à Louis Bonaparte et à l'armée. Et, étant donné l'infini renforcement de l'action réciproque des trois pays européens les plus avancés, il n'est plus possible, aujourd'hui, que la bourgeoisie puisse tranquillement instaurer sa domination politique en Allemagne, alors qu'elle se survit déjà en Angleterre et en France.

 

Ce qui distingue la bourgeoisie de toutes les classes qui régnèrent jadis, c'est cette particularité que, dans son développement, il y a un tournant à partir duquel tout accroissement de ses moyens de puissance, donc en premier lieu de ses capitaux, ne fait que contribuer à la rendre de plus en plus inapte à la domination politique. « Derrière les grands bourgeois il y a les prolétaires. » Dans la mesure même où elle développe son industrie, son commerce et ses moyens de communication, la bourgeoisie engendre le prolétariat. Et, à un certain moment — qui n'est pas nécessairement le même partout et ne se présente pas forcément au même degré de développement — elle commence à s'apercevoir que son double, le prolétariat, devient plus fort qu'elle. À partir de ce moment elle perd la force d'exercer exclusivement sa domination politique ; elle cherche des alliés avec lesquels elle partage son pouvoir ou auxquels elle le cède complètement, selon les circonstances.

 

En Allemagne, ce tournant a été atteint par la bourgeoisie dès 1848. Et, à ce moment-là, la bourgeoisie allemande prit peur bien plus du prolétariat français que du prolétariat allemand. Les combats de juin 1848 à Paris lui montrèrent ce qui l'attendait. Le prolétariat allemand était juste assez agité pour lui prouver qu'ici aussi la semence était jetée pour la même récolte ; et à partir de ce jour, l'action politique de la bourgeoisie avait perdu son mordant. Elle chercha des alliés, se vendit à eux à n'importe quel prix... et, aujourd'hui encore, elle n'a pas avancé d'un pas.

 

Ces alliés sont tous de nature réactionnaire : la royauté avec son armée et sa bureaucratie, la grande aristocratie féodale, les petits hobereaux, et même la prêtraille. La bourgeoisie a pactisé et s'est unie avec tout ce monde rien que pour sauver sa précieuse peau, jusqu'à ce qu'il ne lui reste plus rien à vendre. Et plus le prolétariat se développait, plus il commençait à se sentir comme une classe, à agir en tant que classe, et plus les bourgeois devenaient pusillanimes. Lorsque la stratégie prodigieusement mauvaise des Prussiens triompha, à Sadowa, de celle plus prodigieusement mauvaise encore des Autrichiens, il était bien difficile de dire lequel, du bourgeois prussien qui, lui aussi, avait été battu à Sadowa, ou de l'autrichien, respira avec plus de soulagement. 

Nos grands bourgeois agissent en 1870 exactement comme les bourgeois moyens en 1525. Quant aux petits bourgeois, aux artisans et aux boutiquiers, ils resteront toujours égaux à eux-mêmes. Ils espèrent s'élever en bluffant au rang de la grande bourgeoisie, ils redoutent d'être précipités dans le prolétariat. Pris entre la peur et l'espoir, ils sauveront leur peau pendant la lutte, et après ils se joindront au vainqueur. C'est leur nature. 

L'action politique et sociale du prolétariat est allée du même pas que l'essor industriel depuis 1848. Le rôle que les ouvriers allemands jouent aujourd'hui dans leurs syndicats, coopératives, organisations et réunions politiques, aux élections et au prétendu Reichstag, montre déjà quelle transformation l'Allemagne a subie, insensiblement, ces vingt dernières années. C'est le plus grand honneur des ouvriers allemands d'avoir, eux seuls, réussi à envoyer au Parlement des ouvriers et des représentants des ouvriers, alors que ni les Français, ni les Anglais n'y sont encore parvenus. 

Mais le prolétariat n'échappe pas encore, lui non plus, au parallèle avec l'année 1525. La classe réduite exclusivement et pour toute sa vie au salaire est encore bien loin de constituer la majorité du peuple allemand. Elle est donc également réduite à chercher des alliés. Et ceux-ci ne peuvent être cherchés que parmi les petits bourgeois, parmi le Lumpenproletariat des villes, parmi les petits paysans et les journaliers agricoles. 

Nous avons déjà parlé des petits bourgeois. Ils sont très peu sûrs, sauf après la victoire, et alors ils poussent des cris de triomphe assourdissants, dans les bistrots. Cependant il y a parmi eux de très bons éléments qui se joignent spontanément aux ouvriers. 

Le Lumpenproletariat, cette lie d'individus dévoyés de toutes les classes, qui établit son quartier général dans les grandes villes est, de tous les alliés possibles, le pire. Cette racaille est absolument vénale et importune. Quand les ouvriers français écrivaient sur les maisons, à chaque révolution, l'inscription : « Mort aux voleurs! » et qu'ils en fusillaient même plus d'un, ce n'était certes pas par enthousiasme pour la propriété, mais bien parce qu'ils savaient très justement qu'il fallait avant tout se débarrasser de cette bande. Tout chef ouvrier qui emploie ces vagabonds comme gardes du corps, ou qui s'appuie sur eux, prouve déjà par là qu'il n'est qu'un traître au mouvement.

 

Les petits paysans — car les gros font partie de la bourgeoisie — sont de diverses catégories. On bien ce sont des paysans féodaux qui ont encore des corvées à faire pour leur noble maître. Après que la bourgeoisie a manqué à son devoir de libérer ces gens du servage, il ne sera pas difficile de les persuader qu'ils ne peuvent plus attendre leur libération que de la classe ouvrière.

 

Ou bien ce sont des métayers. Dans ce cas existe en général la même situation qu'en Irlande. Le fermage est si élevé que lorsque la récolte est moyenne, le paysan avec sa famille peut tout juste subsister, et lorsqu'elle est mauvaise il meurt presque de faim, n'est pas en état de payer le fermage et devient de ce fait totalement dépendant de la faveur du propriétaire foncier. Pour ces sortes de gens la bourgeoisie ne fait quelque chose que lorsqu'elle y est contrainte. De qui peuvent-ils donc attendre leur salut si ce n'est des ouvriers ?

 

Restent les paysans qui cultivent leur propre lopin de terre. Ceux-ci sont, le plus souvent, tellement grevés d'hypothèques qu'ils dépendent de l'usurier tout autant que le métayer du propriétaire foncier. À eux aussi il ne reste qu'un misérable salaire, et de plus tout à fait incertain, car il dépend de la bonne ou de la mauvaise récolte. Ce sont eux qui peuvent encore le moins attendre de la bourgeoisie, car ils sont précisément pressurés par les bourgeois, les capitalistes usuriers. Cependant ils sont le plus souvent très attachés à leur propriété, quoique en réalité elle ne leur appartienne pas à eux, mais à l'usurier. On peut néanmoins les persuader qu'ils ne seront délivrés de l'usurier que lorsqu'un gouvernement dépendant du peuple transformera toutes les dettes hypothécaires en une dette unique due à l'État, et abaissera ainsi le taux de l'intérêt. Et cela, seule la classe ouvrière peut le réaliser.

 

Partout où dominent la grande et la moyenne propriété, les journaliers agricoles constituent la classe la plus nombreuse dans les campagnes. C'est le cas dans toute l'Allemagne du Nord et de l'Est et c'est là que les ouvriers industriels de la ville trouvent leurs alliés naturels les plus nombreux. Tout comme le capitaliste s'oppose à l'ouvrier d'industrie, le propriétaire foncier ou le gros fermier s'oppose au journalier agricole. Les mêmes mesures qui aident l'un doivent aider l'autre aussi. Les ouvriers industriels ne peuvent s'affranchir qu'en transformant le capital des bourgeois, c'est-à-dire les matières premières, les machines et les outils, les vivres nécessaires à la production, en propriété de la société, c'est-à-dire en leur propriété utilisée par eux en commun. De même les ouvriers agricoles ne peuvent être délivrés de leur terrible misère que si, avant tout, le principal objet de leur travail, la terre, est arrachée à la propriété privée des gros paysans et des seigneurs féodaux plus gros encore, transformée en propriété sociale et cultivée pour leur compte collectif par des coopératives d'ouvriers agricoles. Et ici nous en arrivons à la célèbre résolution du Congrès ouvrier international de Bâle [6] : la société a intérêt à transformer la propriété foncière en propriété collective, nationale. Cette résolution concernait surtout les pays où existe la grande propriété foncière et l'exploitation de vastes domaines, et sur ces grands domaines un seul maître et beaucoup de journaliers. Or cette situation prédomine toujours dans l'ensemble en Allemagne, et c'est pourquoi la résolution en question était particulièrement opportune pour ce pays après l'Angleterre. Le prolétariat des champs, les salariés agricoles constituent la classe où se recrutent, dans leur grande masse, les armées des souverains. C'est la classe qui, en vertu du suffrage universel, envoie maintenant au Parlement toute cette foule de féodaux et de hobereaux ; mais c'est aussi la classe qui est la plus proche des ouvriers industriels des villes, qui partage avec eux les mêmes conditions d'existence, qui est dans une misère plus profonde même que la leur. Cette classe est impuissante parce qu'elle est émiettée et dispersée ; mais le gouvernement et l'aristocratie en connaissent si bien la force cachée, qu'ils laissent à dessein dépérir les écoles afin qu'elle reste ignorante. La tâche la plus urgente et la première du mouvement ouvrier allemand est de rendre cette classe vivante et de l'entraîner dans le mouvement. Le jour où la masse des ouvriers agricoles aura compris ses propres intérêts, un gouvernement réactionnaire, féodal, bureaucratique ou bourgeois sera impossible en Allemagne. 

 

II

 

Les ligues qui précèdent ont été écrites il y a plus de quatre ans ; elles conservent aujourd'hui encore toute leur valeur. Ce qui était vrai après Sadowa et le partage de l'Allemagne se trouve confirmé après Sedan et la fondation du Saint-Empire allemand prussien [7]. Si infimes sont les changements que peuvent imprimer à la direction du mouvement historique, les événements « ébranlant le monde » de ce qu'on appelle la grande politique ! 

Ce que ces événements historiques peuvent par contre, c'est accélérer la rapidité de ce mouvement. Et, à cet égard les auteurs des « événements ébranlant le monde » ci-dessus ont eu involontairement des succès qu'ils n'ont certainement pas souhaités le moins du monde, mais auxquels, bon gré mal gré, ils sont obligés de se résigner.

 

La guerre de 1866 avait déjà ébranlé la vieille Prusse dans ses fondements. Il en avait déjà coûté beaucoup de peine pour ramener à la vieille discipline, après 1848, les éléments industriels rebelles — bourgeois aussi bien que prolétaires — des provinces occidentales ; cependant on y était arrivé, et de nouveau les intérêts des hobereaux des provinces orientales et ceux de l'armée prédominaient dans l'État. En 1866, presque toute l'Allemagne du Nord-Ouest devint prussienne. Abstraction faite du tort moral irréparable que la couronne prussienne de droit divin s'était fait en engloutissant trois autres couronnes de droit divin, le centre de gravité de la monarchie se déplaça alors considérablement vers l'Ouest. Les cinq millions de Rhénans et de Westphaliens furent renforcés tout d'abord directement par les 4 millions, puis, indirectement, par les 6 millions d'Allemands annexés par la Confédération de l'Allemagne du Nord. Et, en 1870, s'y ajoutèrent encore les 8 millions d'Allemands du Sud-Ouest [8], de sorte que désormais, dans le « nouvel empire », aux 14 millions et demi de vieux Prussiens (des six provinces à l’Est de l'Elbe parmi lesquels il y avait en outre 2 millions de Polonais), s'opposaient les 25 millions qui avaient depuis longtemps échappé au féodalisme prussien endurci des hobereaux. Ainsi ce sont justement les victoires de l'armée prussienne qui déplacèrent toute la base de l'édifice de l'État prussien ; la domination des hobereaux devint de plus en plus intolérable même au gouvernement. Mais, en même temps, le développement industriel extrêmement rapide avait remplacé la lutte entre hobereaux et bourgeois par la lutte entre bourgeois et ouvriers, de sorte qu'à l’intérieur aussi les bases sociales du vieil État ont subi un bouleversement total. La monarchie, qui se décomposait lentement depuis 1840, avait eu pour condition fondamentale d'existence la lutte entre l'aristocratie et la bourgeoisie, lutte dans laquelle elle maintenait l'équilibre ; à partir du moment où il importait de protéger, non plus l'aristocratie contre la pression de la bourgeoisie, mais toutes les classes possédantes contre la pression de la classe ouvrière, la vieille monarchie absolue dut passer entièrement à la forme d'État spécialement élaborée à cette fin : la monarchie bonapartiste. J'ai analysé ailleurs (La Question du logement, 2e fasc., pp. 26 et suiv.) ce passage de la Prusse au bonapartisme [9]. Ce que je n'avais pas à faire ressortir là, mais qui est essentiel ici, c'est que ce passage fut le plus grand pas en avant que la Prusse eût fait depuis 1848, tant la Prusse était restée en arrière du développement moderne. C'était encore un État mi-féodal, tandis que le bonapartisme est, en tout cas, une forme moderne d'État qui suppose l'abolition du féodalisme. La Prusse doit donc se décider à en finir avec ses nombreux restes de féodalité, à sacrifier ses hobereaux comme tels. Naturellement, cela s'accomplit sous les formes les plus atténuées et selon le proverbe : « Qui va doucement, va sûrement. » Il en fut ainsi, par exemple, pour la fameuse organisation des cercles [10]. On supprime les privilèges féodaux du hobereau individuel sur sa terre, mais c'est pour les rétablir comme privilèges de l'ensemble des grands propriétaires fonciers sur tout le cercle. La chose subsiste, seulement on la traduit du dialecte féodal dans l'idiome bourgeois. On transforme d'office le hobereau de type prussien endurci en quelque chose comme un squire anglais ; et il n'a pas tellement eu besoin de regimber, car l'un est aussi sot que l'autre.

 

C'est ainsi donc que l'étrange destinée de la Prusse voulut qu'elle achevât vers la fin de ce siècle, sous la forme agréable du bonapartisme, sa révolution bourgeoise qu'elle avait commencée en 1808-1813 et continuée quelque peu en 1848. Et si tout va bien, si le monde reste bien gentiment tranquille et si nous devenons tous assez vieux, nous pourrons peut-être voir, en 1900, que le gouvernement de Prusse a vraiment supprimé toutes les institutions féodales, que la Prusse en est arrivée enfin au point où en était la France en 1792.

 

L'abolition du féodalisme, si nous voulons nous exprimer positivement, signifie l'instauration du régime bourgeois. Au fur et à mesure que les privilèges aristocratiques tombent, la législation devient bourgeoise. Et ici nous nous trouvons au cœur même des rapports de la bourgeoisie allemande avec le gouvernement. Nous avons vu que le gouvernement est contraint d'introduire ces lentes et mesquines réformes. Mais à la bourgeoisie il présente chacune de ces petites concessions comme un sacrifice fait aux bourgeois, comme une concession arrachée à grand-peine à la couronne, concession en échange de laquelle les bourgeois devraient à leur tour accorder quelque chose au gouvernement. Et les bourgeois, quoique sachant assez bien à quoi s'en tenir là-dessus, acceptent la duperie. D'où cette convention tacite qui à Berlin est la base implicite de tous les débats au Reichstag et à la Chambre : d'une part le gouvernement, à une allure d’escargot, réforme les lois dans le sens des intérêts de la bourgeoisie, écarte les obstacles créés au développement de l'industrie par la féodalité et le particularisme des petits États, unifie monnaies, poids et mesures, introduit la liberté professionnelle, met avec la liberté de circulation à la disposition complète et illimitée du capital la main-d’œuvre de l'Allemagne, favorise le commerce et la spéculation ; d'autre part, la bourgeoisie abandonne au gouvernement tout le pouvoir politique réel, vote les impôts et les emprunts, lui accorde les soldats et l'aide à donner aux nouvelles réformes une forme légale telle que le vieux pouvoir policier à l'égard des personnes mal vues du gouvernement reste intact. La bourgeoisie achète son émancipation sociale graduelle au prix d'une renonciation immédiate à son propre pouvoir politique. Naturellement, le principal motif qui rend un tel accord acceptable pour la bourgeoisie n'est pas la peur du gouvernement, mais celle du prolétariat.

 

Cependant, si lamentable que soit le comportement de notre bourgeoisie dans le domaine politique, il est indéniable que, sur le plan industriel et commercial, elle fait enfin son devoir. L'essor de l'industrie et du commerce, que nous avons signalé dans l'introduction à la deuxième édition du présent ouvrage [11], s'est développé, depuis, avec bien plus de force encore. Ce qui s'est produit à cet égard, depuis 1868, dans la région industrielle rhéno-westphalienne, est vraiment inouï pour l'Allemagne et rappelle l'essor des districts usiniers anglais au début de ce siècle. Et il en aura été de même en Saxe et en Haute-Silésie, à Berlin, à Hanovre et dans les villes maritimes. Nous avons enfin un commerce mondial, une vraie grande industrie, une vraie bourgeoisie moderne ; en revanche, nous avons également connu un véritable krach [12] et nous avons aussi gagné un prolétariat véritable et puissant.

 

Pour l'historien de l'avenir le grondement des canons de Spickeren, Mars-la-Tour et Sedan, et tout ce qui s'ensuit aura bien moins d'importance dans l'histoire de l'Allemagne de 1869-1874 que le développement discret, calme, mais ininterrompu du prolétariat allemand. Dès 1870, les ouvriers allemands durent affronter une rude épreuve : la provocation bonapartiste à la guerre et son effet naturel, l'enthousiasme national général en Allemagne. Les ouvriers socialistes allemands ne se laissèrent pas égarer un instant. Ils ne manifestèrent pas la moindre trace de chauvinisme national. Au milieu de l'ivresse de victoire la plus déchaînée, ils restèrent froids, exigèrent « une paix équitable avec la République française et sans annexions [13] ; et même l'état de siège ne put les réduire au silence. Ils ne se laissèrent toucher ni par la gloire des combats, ni par les bavardages sur la « magnificence de l'empire » allemand ; leur seul but resta l'affranchissement de tout le prolétariat européen. On peut bien le dire : les ouvriers d'aucun autre pays n'ont été, jusqu'à présent, soumis à une épreuve aussi lourde, aussi brillamment subie.

 

L'état de siège du temps de guerre fut suivi des procès de Haute trahison, de lèse-majesté et d'offense aux fonctionnaires, des tracasseries policières sans cesse aggravées du temps de paix. Le Volksstaat avait, en règle générale, trois à quatre rédacteurs simultanément en prison, les autres journaux à l’avenant. Tout orateur du Parti quelque peu connu devait, au moins une fois par an, comparaître devant les tribunaux où il était presque régulièrement condamné. Les uns après les autres, bannissements, confiscations, dispersions des réunions, tombaient comme grêle ; mais tout cela en vain. Chaque militant arrêté ou expulsé était aussitôt remplacé par un autre ; pour chaque réunion dissoute on en convoquait deux autres ; d'un lieu à l'autre, on lassa l'arbitraire policier par la persévérance et par la stricte observation des lois. Toutes les persécutions produisirent le contraire du but poursuivi ; loin de briser ou seulement de faire plier le parti ouvrier, elles lui amenèrent au contraire, sans cesse, de nouvelles recrues et renforcèrent son organisation. Dans leur lutte contre les autorités, comme contre les bourgeois individuellement, les ouvriers se montrèrent partout, intellectuellement et moralement, supérieurs à eux et prouvèrent, surtout dans leurs conflits avec les « employeurs », que ce sont eux, les ouvriers, qui sont à présent des hommes cultivés tandis que les capitalistes sont des lourdauds. Et, avec cela, ils mènent leurs luttes avec un humour qui prouve combien ils sont sûrs de leur cause et conscients de leur supériorité. Une lutte ainsi conduite, sur un terrain historiquement préparé, doit donner de grands résultats. Les succès obtenus aux élections de janvier [14] restent uniques jusqu'à présent dans l'histoire du mouvement ouvrier moderne et la stupéfaction qu'ils suscitèrent dans toute l'Europe était parfaitement justifiée.

 

Les ouvriers allemands ont, sur ceux du reste de l'Europe, deux avantages essentiels. Premièrement, ils appartiennent au peuple le plus théoricien de l'Europe et ils ont conservé le sens théorique qui a si complètement disparu chez ceux qu'on appelle les gens « cultivés » en Allemagne. S'il n'y avait pas eu précédemment la philosophie allemande, en particulier celle de Hegel, le socialisme scientifique allemand — le seul socialisme scientifique qui ait jamais existé — n'eût jamais été fondé. Sans le sens théorique parmi les ouvriers, ce socialisme scientifique ne se serait jamais aussi profondément ancré en eux. Et ce qui prouve quel avantage infini c'est là, c'est d'une part l'indifférence à l'égard de toute théorie, une des causes principales du peu de progrès du mouvement ouvrier anglais, malgré l'excellente organisation des divers syndicats, et d'autre part le désordre et la confusion provoqués par le proudhonisme dans sa forme initiale chez les Français et les Belges, dans sa forme caricaturée dans la suite par Bakounine chez les Espagnols et les Italiens.

 

Le second avantage c'est que chronologiquement les Allemands sont venus dans le mouvement ouvrier à peu près les derniers. De même que le socialisme allemand théorique n'oubliera jamais qu'il s'est élevé sur les épaules de Saint-Simon, de Fourier et d'Owen, trois hommes qui, malgré toutes leurs idées chimériques et leurs vues utopiques, comptent parmi les plus grands cerveaux de tous les temps et ont anticipé génialement d'innombrables choses dont nous démontrons à présent scientifiquement la justesse — de même le mouvement ouvrier allemand pratique ne doit jamais oublier qu'il s'est développé sur les épaules du mouvement anglais et français, qu'il a pu simplement profiter de leurs expériences chèrement acquises et éviter maintenant leurs erreurs, alors inévitables pour la plupart. Sans le passé des trade-unions anglaises et des luttes politiques ouvrières françaises, sans l'impulsion gigantesque donnée particulièrement par la Commune de Paris, où en serions-nous aujourd'hui ?

 

Il faut reconnaître que les ouvriers allemands ont su profiter des avantages de leur situation avec une rare intelligence. Pour la première fois, depuis qu'il existe un mouvement ouvrier, la lutte est menée dans ses trois directions — théorique, politique et économique pratique (résistance contre les capitalistes) — avec harmonie, cohésion, et méthode. C'est dans cette attaque concentrique, pour ainsi dire, qu'est la force invincible du mouvement allemand.

 

D'une part, en raison de leur position avantageuse, de l'autre, par suite des particularités insulaires du mouvement anglais et de la violente répression du mouvement français, les ouvriers allemands sont pour le moment placés à l'avant-garde de la lutte prolétarienne. On ne saurait prédire combien de temps les événements leur laisseront ce poste d'honneur. Mais tant qu'ils l'occuperont, ils rempliront leur devoir comme il convient, il faut l'espérer. Pour cela ils devront redoubler d'efforts dans tous les domaines de la lutte et de l'agitation. Ce sera en particulier le devoir des chefs de s'éclairer de plus en plus sur toutes les questions théoriques, de se libérer de plus en plus de l'influence de la phraséologie reçue, qui appartient à la conception du monde du passé et de ne jamais oublier que le socialisme, depuis qu'il est devenu une science, veut être pratiqué comme une science, c'est-à-dire étudié. Il importera donc de répandre avec un zèle accru parmi les masses ouvrières, la compréhension ainsi acquise et de plus en plus claire et de consolider de plus en plus l'organisation du Parti et celle des syndicats. Quoique les voix socialistes exprimées en janvier représentent déjà une assez belle armée, elles sont bien loin encore de constituer la majorité de la classe ouvrière allemande ; et, si encourageants que soient les succès de la propagande parmi la population rurale, il reste encore infiniment à faire précisément sur ce terrain. Il ne s'agit donc pas de relâcher le combat ; il faut, au contraire, arracher à l'ennemi une ville, une circonscription électorale après l'autre ; mais, avant tout, il s'agit de maintenir le véritable esprit international qui n'admet aucun chauvinisme patriotique et qui salue avec joie tout nouveau progrès du mouvement prolétarien, de quelque nation qu'il provienne. Si les ouvriers allemands continuent à agir ainsi, je ne dis pas qu'ils marcheront à la tête du mouvement — il n'est pas dans l'intérêt du mouvement que les ouvriers d'une seule nation quelconque marchent à sa tête — mais ils occuperont une place honorable sur la ligne de combat ; et ils seront armés et prêts, lorsque des épreuves d'une dureté inattendue ou bien de grands événements exigeront d'eux encore plus de courage, de décision et d’énergie. 

 

Londres, 1er juillet 1874.

Friedrich ENGELS


[1] W. ZIMMERMANN : Allgemeine Geschichte des groben Bauernkrieges, t. 1-3, Stuttgart (1841-1843).

[2] Il s'agit de l'Assemblée nationale élue en 1848 et connue sous le nom de Parlement de l'Église Saint-Paul.

[3] En 1866 fut fondée la Confédération de l'Allemagne du Nord qui groupait autour de la Prusse le Schleswig-Holstein, le Hanovre, la Hesse électorale, le Nassau et Francfort. Par contre la Bavière, le Wurtemberg, le Bade et une partie de la Hesse-Darmstadt restaient en dehors de la Confédération.

[4] Allusion à l'annexion par la Prusse du Hanovre, de la Hesse électorale et du duché de Nassau.

[5] Il était impossible de fonder la moindre entreprise industrielle sans obtenir au préalable une autorisation du gouvernement.

[6] IVe Congrès de l’Association ouvrière internationale (1869).

[7] Pastiche humoristique de l'ancienne dénomination : Saint-Empire romain germanique.

[8] À la suite des victoires remportées au début de la guerre de 1870, le Bade, la Hesse, la Bavière et le Wurtemberg se joignirent à la Confédération de l'Allemagne du Nord qui, à partir du 15 novembre, s'appela Confédération allemande. Cette appellation fut transformée le 9 décembre en celle d'Empire allemand, lequel fut proclamé le 18 janvier 1871 à Versailles.

[9] La Question du logement, Éditions sociales, Paris, 1969, pp. 75-76.

[10] L'ordonnance sur l'organisation des cercles du 13 décembre 1872 était une réforme administrative qui tendait à mettre fin au régime féodal au niveau des cantons. En réalité ce sont les anciens titulaires des fonctions administratives qui occupèrent les nouveaux postes.

[11] Cf. ci-dessus.

[12] La crise économique de 1873.

[13] Mot d'ordre qui apparaît dès le 21 septembre 1870 dans le Volksstaat, organe dirigé par W. Liebknecht du Parti ouvrier social-démocrate, fondé en 1869, dit d'Eisenach.

[14] Aux élections au Reichstag du 10 janvier 1874, les socialistes d'Allemagne obtinrent 352 000 voix et 9 élus dont Bebel et Liebknecht qui étaient en prison.


Retour à l'auteur: Friedrich Engels Dernière mise à jour de cette page le jeudi 26 avril 2007 5:45
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cégep de Chicoutimi.
 
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