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Collection « Les auteur(e)s classiques »
LE SYNDICALISME. TOME II: Contenu et portée des revendications syndicales. (1972)
Introduction

Une édition électronique réalisée à partir du livre de Karl Marx et Friedrich Engels, LE SYNDICALISME. TOME II: Contenu et portée des revendications syndicales. Traduction, notes et introduction de Roger Dangeville. Paris: Petite collection Maspero, no 97, 1972, 249 pp. Une édition numérique réalisée par Jean Manaud, bénévole, professeur d'histoire à Toulouse, en France. [Ce livre est diffusé dans Les Classiques des sciences sociales avec l'autorisation des ayants droit du traducteur accordée le 20 octobre 2011 et réitérée le 17 mai 2013.]

[5]

LE SYNDICALISME
TOME II. Contenu et signification des revendications.

_______

par Roger DANGEVILLE, 1972.

Introduction

Actualité des textes de Marx-Engels

L'œuvre de Marx et Engels datant du siècle dernier, la première question qui se pose lorsqu'on aborde ce volume consacré aux revendications syndicales, c'est de savoir si des textes aussi anciens sont encore valables aujourd'hui, surtout si on passe des principes de la théorie et de l'organisation aux problèmes concrets de l'amélioration des conditions matérielles de travail.

Ces textes ont tout d'abord le mérite de faire partie d'un ensemble historique, économique et politique plus vaste avec lequel ils sont en parfaite cohérence, cet ensemble formant le programme d'action du prolétariat eu lutte pour son émancipation. Ce n'est pas là une simple construction de l'esprit, mais la théorisation de l'expérience séculaire du prolétariat de nombreux pays, expérience qui va bien au-delà de la société capitaliste dans laquelle nous vivons actuellement, puisqu'elle rend compte des efforts du prolétariat pour instaurer la société socialiste (1794, 1848, 1871)... que nous avons encore à construire.

Marx et Engels sont toujours partis des données et besoins qui existent concrètement, pour en tirer leur théorie ou programme d'action ; on ne peut donc séparer les revendications matérielles élémentaires de celles qui sont plus générales. Ce n'est pas par hasard que les textes sur le syndicalisme portent essentiellement sur les luttes du prolétariat anglais, du pays le plus développé qui dominait alors le monde entier et qui est remplacé aujourd'hui à ce poste par les États-Unis. Là aussi Marx a pu dire aux ouvriers de tous les autres pays : c'est votre histoire qu'on raconte là !

Qu'on le veuille on non, le marxisme représente le programme historique du prolétariat, et tous les mouvements s'y réfèrent, les uns pour le contester, les autres pour le revendiquer. En ce sens, il forme le patrimoine international de base de tous les mouvements révolutionnaires, [6] un acquis, une pensée, un langage communs qui existent même en dehors de tout contact personnel entre marxistes [1]. Les textes de Marx et Engels sur le syndicalisme y représentent le fonds commun de l'expérience concrète des luttes revendicatives du prolétariat. S’étendant aux luttes ouvrières qui accompagnent les débuts de l'industrialisation (accumulation) aussi bien que la phase mûre de la grande industrie, les phases de crise que celles de prospérité, les périodes où le capitalisme est encore progressif que celles où il s'agit de le renverser, ces textes concernent l'activité du prolétariat de tous les pays, développés ou non. Cette méthode est nécessaire même pour les pays développés, où le capital retraverse dans certains secteurs (encore à industrialiser) tout le cycle de son développement.

La théorie marxiste est faite des lois dégagées de la progression économique et historique de la société, ce qui implique que le mouvement économique et social lui-même obéisse à des lois déterminées, celles-là mêmes qui forment la théorie marxiste. En conséquence, le développement prévu par le marxisme va dans le même sens que le mouvement réel. Marx pouvait donc dire sans verser dans l'utopie : « Les principes de la Commune sont universels et ne peuvent être détruits. Ils resurgiront toujours de nouveau jusqu'à ce que la classe ouvrière soit émancipée. »

Extrait des conditions matérielles les plus substantielles et les plus profondes de la vie et de l'expérience sociales, le programme marxiste propose ensuite ses solutions, qui permettent d'éviter les erreurs qui rejettent dans le passé [2].

[7]

Les deux phases de la théorie - celle où elle s'élabore à partir des conditions matérielles, et celle où elle réagit sur elle - se retrouvent dans nos deux volumes sur le syndicalisme. Dans le premier, Marx et Engels sont partis des faits historiques pour aboutir aux principes théoriques qui doivent guider le prolétariat dans ses revendications. Dans le second, les textes partent de nouveau d'événements concrets, mais cette fois les faits ne donnent plus la théorie ; ils sont déjà en quelque sorte filtrés par une théorie désormais établie, qui saisit aussitôt le cours des événements en même temps qu'elle indique ses solutions aux ouvriers en lutte.

Dans le premier texte sur la Démission de la bourgeoisie, il n'est pas encore question d’un parti ou d'une organisation marxiste qui interviendrait dans l'agitation (ce n'est qu'à un certain degré ultérieur de développement de la IIe Internationale que la possibilité en sera donnée) : c'est le cours même des événements qui met à l'ordre du jour les revendications marxistes. Et de fait, dans cet article, plusieurs actions ouvrières jaillissent directement sans liens entre elles quoique convergeant toutes de par leur logique interne vers une seule et même grandiose revendication historique : déchéance de la bourgeoisie et instauration du règne du travail, ce qui - en termes syndicaux – rejoint la vieille revendication lancée par Marx, à la suite des ouvriers parisiens, dans Les Luttes de classes en France (1848-1850) : renversement du pouvoir d'État bourgeois et instauration de la dictature du prolétariat.

Aujourd'hui plus que jamais, les réalités dans lesquelles nous vivons suggèrent et imposent cette conclusion tirée par Engels à la fois des rapports concrets entre capitalistes et ouvriers anglais des années 1880 et du programme théorique du socialisme. Aujourd'hui, en effet, la bourgeoisie n'assure plus à l'humanité un développement social progressif et est de plus en plus incapable de faire fonctionner même la source de ses profits et de ses privilèges : l'appareil productif, développé pourtant sous sa domination par les esclaves salariés. Il n'est pas de jour qui passe sans que des capitalistes ferment tel atelier ou telle usine qu'ils ne sont plus en état de gérer, jetant sur le pavé des centaines, voire des milliers d'ouvriers et livrant à la rouille machines et installations productives encore en état de marche.

Les faits qui ont entraîné le pronostic radical d’Engels [8] peuvent sembler bien minces, à côté des faits énormes et brutaux qui aujourd'hui l'imposent aux masses, même lorsqu'elles sont encore inconscientes de leurs buts finaux de classe, surtout après la dégénérescence politique et syndicale de leurs organisations. La théorie, véritable force physique surgie des fondements matériels de la société, pousse cependant les masses à agir dans un sens antibourgeois, avant même qu'elles en aient la claire conscience et se donnent les organisations révolutionnaires indispensables.

Le caractère, le mot d'ordre, tout à fait objectif et actuel, de déchéance de la bourgeoisie est apparu dans la récente agitation ouvrière des arsenaux de la Clyde. La part dans la construction navale mondiale de la production navale anglaise, la première du monde jusqu'en 1950, étant tombée en 20 ans de 48% à 10%, la bourgeoisie anglaise elle-même avouait ne plus être capable de l'« exploiter », lâchant tout un pan de la production industrielle du monde.

Dans ces conditions, les ouvriers des arsenaux de la Clyde, vilipendés par tous et trahis par leurs organisations syndicales et politiques traditionnelles, ont tenté, avec leurs seuls bras, de prendre en charge cette gigantesque branche d'industrie, en appliquant les vieilles consignes ouvrières de 1848, de la Commune de Paris et de Marx- Engels : faire marcher eux-mêmes les ateliers fermés par les capitalistes, ce premier pas révolutionnaire que la théorie, confirmée par mille faits historiques, nous enseigne comme bien précaire et plus qu'incertain, s’il n'est pas relayé et renforcé par la bataille pour la déchéance de la bourgeoisie et l'instauration du règne politique, économique et social du prolétariat.

Le radicalisme qui imprègne toutes les revendications d'inspiration marxiste leur donne précisément, à l'heure du capitalisme sénile et totalitaire, une actualité pleine et entière, ainsi qu'une supériorité réelle sur les solutions partielles, proposées de nos jours aux masses par les prétendus novateurs et spécialistes de la technique syndicale, avec leurs grèves perlées et tournantes, surprises et minutées. Au reste, ce radicalisme foncier leur donne la marque de classe, puisqu'elles intéressent le prolétariat tout entier, d'hier aussi bien que d'aujourd'hui. Ce qui ne signifie nullement, répétons-le, que le marxisme dédaigne les revendications limitées, de par leur contenu, de par le nombre des ouvriers qui les posent ou de par le résultat obtenu. Chaque pas en avant est un résultat appréciable, s'il est [9] relié à la lutte générale et au but final, c'est-à-dire obtient non seulement des résultats concrets, mais élève la conscience de ceux qui luttent en ce qu'ils prennent une position plus tranchée contre leurs exploiteurs, resserrent les rangs des exploités, pour qu'au moment de la crise ils passent tout naturellement à une forme de lutte plus élevée.

Dans ce second volume, l'imbrication de l'économie et de la politique est au moins aussi étroite que dans le premier, car les textes consacrés aux revendications syndicales ne complètent pas seulement les textes sur la théorie, mais en sont encore directement conditionnés. Les revendications syndicales sont, pour ainsi dire, traversées par un fil qui les relie chacune à la lutte générale du prolétariat contre le capital et au but socialiste, ce qui détermine aussi leur contenu. Par-delà, les textes sur le syndicalisme se rattachent aux écrits dits politiques, philosophiques, économiques ou militaires de Marx et Engels.

Enfin, et c'est sans doute ce qui distingue le mieux les revendications d'inspiration marxiste, il existe un lien étroit entre les différentes revendications elles-mêmes, qui ont une sorte d'unicité générale. La réalité de tous les jours confirme, en effet, que les revendications s'articulent entre elles et réagissent directement les unes sur les autres : par exemple, la diminution de la journée de travail est inséparable de la question de l'intensité du travail, donc du salaire horaire.

Non seulement l'une détermine l'autre, mais peut encore apporter ou faciliter la solution à son problème. Ainsi, une diminution générale de la journée de travail doit s'accompagner d'une augmentation du salaire horaire, d'un rétrécissement de la hiérarchie des salaires issue de la division et de l'éparpillement des luttes ouvrières, sans parler d'un aménagement des modalités d'assurance, de chômage et de retraite des mutuelles ouvrières. Le capitalisme moderne a parfaitement compris cette loi objective, qu'il retourne d'ailleurs contre les travailleurs, reprenant d'une main ce qu'il est contraint de donner de l'autre : par exemple, en augmentant l'intensité de la journée de travail, s'il doit diminuer la durée de celle-ci ; en retardant l'âge de la retraite, en cas de diminution générale des heures de travail ; en augmentant une catégorie professionnelle, particulièrement combative ou favorisée par l'expansion industrielle, pour ne pas augmenter les autres, etc.

[10]

Dans Le Capital, Marx montre à longueur de pages que les conditions infernales de travail et de rétribution des femmes et des enfants finissent par dégrader les conditions de vie et de travail des ouvriers adultes de la production, et vice versa que la lutte pour l'amélioration des conditions de travail des femmes et des enfants réagit sur le sort des ouvriers industriels adultes. De même, en se généralisant dans l'industrie, les améliorations profitent par réaction aux travailleurs agricoles.

Cette vision de la lutte de classe s'oppose à celle des modernes syndicats roses ou jaunes, avec leurs actions partielles, à l'endroit prétendument sensible, qui impliquent la passivité du gros des combattants et aboutissent à des différences croissantes dans les conditions de travail et de rémunération, donc à une division et un affaiblissement de la classe ouvrière dans son ensemble. Pendant ce temps, les partis dits ouvriers (surtout électoralistes) claironnent que toute action et tout programme de la classe ouvrière profitent aux autres classes ou groupes sociaux du peuple, notion qui noie toutes les différences et oppositions de classe. Ils renforcent ainsi les couches les plus surannées et pratiquent objectivement la politique bourgeoise la plus réactionnaire [3].

Quoi qu'en disent les actuels inventeurs de recettes nouvelles, les revendications s'obtiennent par la force massive, par « un grand effort collectif de classe ». Plus le prolétariat sera fort, plus les autres classes le respecteront, et ce d’autant plus qu'il ne se dépensera pas pour les autres, mais pour ses propres intérêts matériels et sociaux – et [11] si les éventuels alliés doivent en tirer avantage, c'est à la façon des oiseaux de la Bible : de surcroît, sans qu'il lui en coûte rien.

Quoi qu'en disent les actuels pourfendeurs verbaux des monopoles, il n'y a pas trente-six moyens pour être fort, et le capital l'a bien montré : il faut combiner et coordonner ses efforts, agir donc avec décision et cohésion, bref comme un seul grand corps. Tout naturellement, les revendications doivent avoir le même caractère massif de classe. Ce n'est qu'en étant communes qu'elles ont un effet profond et unificateur sur chacun des corps de métier développés et entretenus par la division capitaliste du travail dans la production, puis dans la société.

Salaire, prix... et profit

À diverses reprises, Marx a préparé à l'usage des ouvriers des textes expliquant la nature et la mécanique des catégories de l'économie politique. Nous ne pouvons les reproduire tous ici, mais on les trouvera facilement dans les éditions courantes [4]. Il faut néanmoins en tenir compte et, pour cela, nous en évoquerons les grandes lignes qui commandent la question syndicale. Ces textes sont précieux, en outre, comme arme de combat pour percer les mystifications intéressées de l'économie capitaliste, jamais à court d'arguments pour « démontrer » les conséquences catastrophiques des revendications ouvrières, jusques et y compris pour les travailleurs eux-mêmes.

Le dirigeant de la C.F.D.T. vient de faire connaître la « nouvelle » tactique syndicale (toujours la même en réalité) [5] : harceler sans relâche le patronat par des mouvements partiels, lancés successivement par de nouveaux groupes ou catégories d'ouvriers, afin de ne pas s'épuiser [12] dans des grèves massives de longue durée qui imposeraient trop de sacrifices aux masses. Marx a répondu d'avance à cette argumentation : « Toutes ces objections des économistes bourgeois sont exactes, mais uniquement de leur point de vue, et les ouvriers ont bien raison de se moquer des conseillers bourgeois si futés qui leur font les comptes de ce que cette guerre civile leur coûte en morts, blessés et sacrifices d'argent : qui veut battre son adversaire ne discute pas avec lui des frais de guerre ! » (Cf. vol. 1, p. 56.) Au reste, le dirigeant en question avoue lui-même qu'il propose cette tactique pour éviter au patronat et au gouvernement l'horreur des grèves sauvages revendicatives, qui dérangent l'ordre totalitaire de l'économie et de la politique.

L'argumentation de ceux qui dévoient le mouvement ouvrier - les dirigeants roses et jaunes - est toujours la même : faites confiance à notre expérience et à notre intelligence pour tirer le maximum avec le minimum de frais. Cette sagesse est captieuse. Pour obtenir satisfaction, les ouvriers ne savent que trop qu'il ne faut pas seulement payer le prix exact, mais bien plus encore. Ce raisonnement, qui a un caractère de classe, est donc objectif. Ne correspond-il pas à la situation quotidienne des prolétaires : pour gagner un salaire de 800 francs par exemple, ils doivent fournir à leur ennemi capitaliste un bénéfice double, triple et même décuple dans certains cas.

Malgré cela, on fait croire aux ouvriers qu'il suffit qu'une petite poignée d'entre eux fasse grève pour que, grâce aux élucubrations de leurs stratèges syndicaux, l'effet en soit le même, voire plus grand, que si toute la masse se mettait en branle. Il est regrettable que des dirigeants aussi futés ne mettent pas au point une méthode ultra-efficace pour surmultiplier l’effet d'une grève générale, totale et illimitée. Mais, sans doute, dans leur esprit, cette méthode est-elle stérile et à rejeter (sauf, bien sûr, lorsque, mis devant le fait accompli, il s'agit de prendre la direction d’une grève générale pour l'amener à reddition).

La méthode du marxisme n'est pas déterminée par les intelligences géniales de Marx-Engels-Lénine, etc. Elle est dictée par les conditions matérielles de vie et de production du prolétariat, et si la théorie des ouvriers est supérieure, c'est parce qu'elle correspond à la supériorité du mode social de production que les travailleurs forgent eux-mêmes, à la sueur de leur front, dans les fabriques aussi bien que [13] dans la lutte des classes. Les principes et la théorie socialistes à partir desquels tout un monde sera transformé, ne sont nullement inaccessibles au cerveau ouvrier moyen : ils le sont bien plutôt aux têtes bien formées des bourgeois et sous-bourgeois.

On sait que les choses les plus difficiles se mettent en petites formules simples, mais qu'il faut ensuite expliciter et plier aux terribles réalités [6]. Dans notre monde en décadence, tout le prestige de l'intelligence provient, au contraire, de ce qu'elle prétend toujours avoir une solution facile et rapide à tous les problèmes... à condition, bien sûr, de trouver de substantiels crédits. En politique, ce charlatanisme des techniciens et spécialistes sévit au moins autant qu'en économie.

En tant que science de la société, le marxisme a établi toute une série de formules simples, aisément assimilables qui, non seulement synthétisent l'expérience historique, politique et économique, mais encore constituent des mots d'ordre d'action pratique (la dictature du prolétariat, par exemple, qui implique toute une vision du devenir social basé sur des rapports déterminés, de classe, de parti et d'État, ainsi que sur l'idée de la violence de classe, etc.).

Dans la brochure élémentaire, c'est-à-dire fondamentale, Salaire, prix et profit, Marx procède de même. Sa formule est que tous les rapports entre prix et salaires sont dominés par le profit ou capital.

Pour les bourgeois, au contraire, prix et salaires sont directement liés ; l’augmentation des salaires entraîne une hausse du coût de la vie annulant l’amélioration du pouvoir d'achat des ouvriers. Inutile de préciser tout ce que cette démonstration contient d'intéressé.

Par cette argumentation fort simple, Marx répond à deux questions sempiternelles que déjà Weston posait au Conseil central de la Ie  Internationale : 1° Le standard de vie matériel et social peut-il être amélioré par les augmentations [14] de salaires ? A quoi Weston répondait non. 2° Les efforts des syndicats pour améliorer les salaires n'ont-ils pas un effet nuisible sur les autres branches de l'industrie ? A quoi Weston répondait oui. Il rejoignait ainsi la position petite-bourgeoise de Proudhon qui demandait à la « société » d'interdire les grèves et les syndicats (cf. Misère de la philosophie, dernier chapitre sur « Les Grèves et les coalitions ouvrières », où Marx cite Proudhon lui-même).

Dans ces cas, reliés entre eux en théorie et en pratique, Marx dit qu'on oublie tout simplement... le profit, c'est-à-dire le capital qui, en fait, commande le rapport entre salaires et prix, et il répond que l'augmentation des salaires, au lieu de se répercuter sur les prix en annulant tout effet positif sur le pouvoir d'achat des salaires, peut et doit affecter les profits. En général, le phénomène des prix est un effet plutôt qu'une cause et soumis à d'autres facteurs, tels le marché, l'offre et la demande, tandis que le rapport salaire-profit est essentiel, puisqu'il détermine le mode de production tout entier et exprime la division de la société en capitalistes et en travailleurs.

En somme lorsque les choses sont ramenées au rapport fondamental, tout devient simple et clair, même si la société capitaliste met en œuvre toutes ses ressources matérielles et intellectuelles pour les embrouiller dans la réalité.

Passons donc à la démonstration de Marx, en nous demandant de quoi est faite la valeur d’une marchandise, par exemple d'un costume ? Elle se compose :

1. de la valeur de la toile, fils, aiguilles, etc., utilisés, mettons 50 francs. Tout cela - matière première et moyens de production - a une valeur bien déterminée pour le tailleur qui les achète sur le marché, d'où son nom : capital constant ;

2. de la valeur ajoutée par le tailleur (que Marx appelle parfois valeur additionnelle), mettons 100 francs. Ce costume, qu'il soit fait par le patron ou par son ouvrier, vaudra donc 150 francs.

Il n'est pas nécessaire qu'un salaire soit payé dans la confection d’un costume pour déterminer sa valeur. La marchandise n'avait-elle pas déjà une valeur bien avant d'être le produit du travail salarié ? Donc, si le patron-artisan a fait lui-même le travail, il empoche la valeur ajoutée de 100 francs. Mais supposons qu'il ait un ouvrier. Il avancera, comme précédemment, le prix de la matière première, etc. (50 francs), mais il avancera en outre 50 francs [15] pour le salaire de son ouvrier [7], ce qui lui laissera un profit de 50 francs, le costume coûtant 150 francs, avant comme après. Bref, le capitaliste prélève son profit sur le travail - ou valeur - ajouté par l'ouvrier. Si nous restons dans la sphère étroite des rapports capitalistes, comme le font les syndicats conservateurs, tout le conflit entre ouvriers et capitalistes porte sur le partage de cette valeur ajoutée. Dans la perspective du socialisme marxiste, qui part de la même réalité, il constitue un maillon du conflit pour l'appropriation de toute la valeur ajoutée par les producteurs et, par contrecoup, l'abolition de toute valeur, de toute monnaie et de tout marché, donc du capital et du salariat.

Pour reprendre notre exemple chiffré, si le tailleur promu capitaliste est contraint de hausser à 70 francs le salaire de son ouvrier, il ne pourra pas pour autant vendre son habit 170 francs : les 20 francs que lui a arrachés l'ouvrier, il ne les touchera plus sous forme de plus-value, et celle-ci tombera à 30 francs.

Il saute aux yeux que Weston a tort d'affirmer que, devant une soupière contenant une quantité donnée de soupe pour un nombre donné de personnes, l'augmentation de la largeur des cuillers ne procure pas davantage de soupe aux ouvriers, puisque ceux-ci peuvent récupérer une part de ce que mangeaient les capitalistes.

En effet, la soupière ne contient pas seulement les moyens de subsistance des ouvriers, mais encore les moyens de subsistance et les produits de luxe des capitalistes. L'augmentation des salaires permet donc aux ouvriers d'acquérir plus de marchandises, puisqu'ils peuvent désormais acheter des objets qui ne figuraient pas auparavant dans leur consommation, mais dans la section des produits destinés aux capitalistes, dont les profits ont diminué corrélativement à l'augmentation des salaires.

Dans ce premier cas, ni la production ni la demande de marchandises dans son ensemble n'a augmenté, il y a eu un simple changement de répartition : la demande croissante [16] d'un côté est compensée par la demande décroissante de l'autre côté.

D'ores et déjà, Marx constate que « la question se résout en celle de la puissance de l'un ou de l’autre combattant ». Autrement dit, c'est la violence - sainte, dans ce cas - qui fait augmenter la valeur des salaires et baisser celle des profits : en ce sens, la violence est, elle aussi, un facteur économique [8].

Comme il sied à la classe révolutionnaire par excellence, sa violence a des effets bénéfiques sur le développement des forces productives (hélas, appropriées aujourd’hui par la bourgeoisie). En voici le mécanisme : la hausse générale des salaires provoquera pour commencer une augmentation de la demande de moyens de subsistance. Les capitalistes qui fabriquent ces marchandises plus demandées élèveront leurs prix et, de cette façon, compenseront l'augmentation des salaires. Mais qu'advient-il des autres capitalistes qui ne fabriquent pas des objets de première nécessité ? Le taux de leur profit aura déjà baissé par suite de l'augmentation générale des salaires, et ils ne peuvent se rattraper en augmentant leurs prix, puisque la demande pour leurs marchandises n'a pas augmenté ; qui plus est, C'est avec un revenu moindre qu'il leur faudra payer davantage pour obtenir la même quantité d'articles de première nécessité, puisque leur prix a augmenté.

Mais ce n'est pas tout. Leur revenu diminuant, ils auront également moins à dépenser en objets de luxe, si bien que la demande pour ces articles diminuera aussi. En somme, dans les branches de production de luxe, le taux des profits baissera en proportion non seulement de l'élévation générale des salaires, mais encore de l'action combinée de la hausse générale des salaires, de l'augmentation des prix des objets de nécessité courante et de la baisse de prix des objets de luxe.

En somme, pour les capitalistes, le taux des profits sera différent dans ces deux branches de la production sociale. La conséquence classique en est que du capital et du travail vont être transférés de la branche (luxe) où le taux de profit est bas vers la branche (consommation courante) où il est plus élevé. Ce transfert durera jusqu'à ce que l'offre dans la branche des moyens de subsistance ait [17] augmenté proportionnellement à la demande accrue, autrement dit que la production des denrées courantes ait augmenté après qu'elle eut baissé dans la branche des articles de luxe en raison de la moindre demande bourgeoise. Ce changement étant réalisé, le taux général des profits s'égalisera de nouveau dans toutes les branches. Cependant, au lieu d'être limitée à quelques branches d'industrie, la baisse du taux de profit à la suite de l'augmentation générale des salaires sera à présent générale, au grand dam des bourgeois.

Le résultat final en est donc que la production elle-même a changé de forme, même si dans notre cas elle n'a pas changé de quantité, la masse des prix étant toujours la même. À présent, une plus grande partie de la production est consacrée aux articles de première nécessité, et une partie moindre reste aux objets de luxe. En d'autres termes : la hausse générale des salaires, après une perturbation momentanée dans les prix du marché (permettant au reste le transfert ultérieur de capital) n'amènera qu'une baisse générale du taux moyen des profits, sans aucun changement durable dans le prix des marchandises.

L'accroissement des salaires ayant pour conséquence d'augmenter la production des moyens de subsistance nécessaires à la masse ouvrière, au détriment de la production d'articles de luxe, la revendication par les ouvriers d'un niveau de vie meilleur - par le moyen de force des grèves et des actions syndicales - a un sens utile pour l'humanité qui, plus que jamais sous le capitalisme, par le jeu spontané de ce système, souffre du paupérisme, du chômage et de la faim.

Certes, Marx conclut dans Salaire, prix et profit que cet infléchissement du cours naturel du capital ne peut être que momentané, « la tendance générale de la production capitaliste n'étant pas d'élever le salaire moyen normal, mais de l'abaisser ». Il n'en reste pas moins cependant qu'un tel infléchissement est compatible avec le système capitaliste ; qui plus est, il agit aussi bien sur la répartition des produits que sur le contenu de la production.

En luttant - et cela est essentiel -, le prolétariat peut parfaitement améliorer son sort et arracher au capital des conditions meilleures et une part supérieure du produit. Comment pourrait-il sinon arracher un jour aux capitalistes tout le profit et, par là, tout le produit et tous les moyens de production ? Tel est le fond de la polémique de [18] Marx contre la « loi d'airain des salaires » de Lassalle ou les substituts innombrables de celle-ci, chez Weston, les proudhoniens ou les partisans d'une aveugle loi de la « paupérisation absolue », aveugle dès lors qu'on prétend qu'elle s'applique fatalement et automatiquement, du début du capitalisme à la fin et jour après jour, aux ouvriers impuissants donc, comme le font les révolutionnaires d'opérette ou faux révolutionnaires.

En fait, il se produit une rupture à l'échelle historique, au moment où les améliorations arrachées au capital ne peuvent plus être préservées contre sa tendance naturelle à les reprendre, et ce au sommet de la prospérité, lorsque le capital tombe alors en crise. Pour Marx, il faut alors étendre encore la lutte et les revendications, en les portant du niveau économique au niveau politique de la révolution, avec le moi d'ordre actuel de l'abolition du salariat, c'est-à-dire la destruction des rapports capitalistes.

C'est parce qu'il dénie aux syndicats conservateurs la possibilité d'améliorer vraiment le sort de la classe ouvrière que Marx demande aux ouvriers de former des syndicats révolutionnaires luttant pour l'émancipation des travailleurs du joug capitaliste. Il démontre par là même que les syndicats, s'ils luttent uniquement pour une amélioration dans le cadre capitaliste, sans attaquer celui-ci, manquent même leur but, du fait des lois historiques de la production capitaliste.

Aujourd'hui, la réalité économique et sociale confirme cette loi, en montrant que le capital ne peut survivre qu'en paupérisant les masses à l'échelle universelle. Dans les pays développés eux-mêmes, non seulement la prospérité actuelle a été gagnée au prix de dizaines de millions de cadavres dans la crise mondiale de la guerre 1939-1945 et au prix de la misère actuelle des trois quarts de l'humanité, mais même en pleine prospérité la masse ouvrière sous-payée vit dans des conditions dramatiques et travaille à des cadences infernales, tandis que seule une minorité d'aristocrates ouvriers se gave, mais tremble de voir ses privilèges s'évanouir à l'approche de la prochaine grande crise économique et sociale, la guerre ou la révolution.

Ce résultat catastrophique est dû, pour une bonne part, aux syndicats qui ne s'opposent pas vraiment au capital, dès lors qu'ils ont renoncé au but révolutionnaire, à l'abolition du salariat, en dépit d'un développement inouï des forces productives et d’une lutte immédiate d'un prolétariat [19]- surtout le plus pauvre - qui ne lâche pas pied dans son conflit quotidien avec le capital. S'il est vrai que les syndicats non révolutionnaires ne peuvent même plus arracher de réformes ou d'améliorations générales pour la classe ouvrière, ils parviennent néanmoins à entretenir une mince couche d’aristocrates ouvriers, en s'appuyant, d'une part, sur ces privilégiés et, d'autre part, sur l'ordre et l’État capitalistes.

Salaire, prix, profit et aristocratie ouvrière

Considérons maintenant l'effet d'une augmentation générale des salaires selon le cœur de l’aristocratie ouvrière qui ne cherche pas à infléchir la distribution et la production dans un sens favorable à la classe ouvrière tout entière, mais se contente d'améliorer son propre sort. Nous reprendrons le schéma précédent pour déterminer quel sera l'effet d'une augmentation générale du salaire. Mais, cette fois, au lieu de réduire les écarts de salaire entre les ouvriers de la même catégorie et même de toutes les catégories, elle en accentuera les différences, en vertu du fameux principe de la hiérarchie des salaires, si bien que, par exemple, une augmentation de salaire de 10% procurera un surplus de 100 francs à celui qui touche 1000 francs, et 300 francs à celui qui a déjà 3 000 francs !

Quel en sera l’effet général ? Comme précédemment, la hausse des salaires provoquera tout d’abord une augmentation de la demande des moyens de subsistance. Les capitalistes qui fabriquent ces marchandises plus demandées augmenteront leurs prix et, de cette façon, compenseront en grande partie, cette fois, l'augmentation moyenne des salaires. Pour les capitalistes qui ne fabriquent pas les objets de première nécessité, le taux de profit baisse d'abord autant que pour les autres capitalistes, mais va-t-il baisser davantage du fait de la mévente des produits revenant aux bourgeois, ce qui entraînerait un transfert de travail et de capitaux dans le secteur des moyens de subsistance de première nécessité ? Certes, les capitalistes, du fait de la baisse de leurs profits, disposeront de moins d'argent pour acheter leurs moyens de subsistance et produits de luxe, mais il faut remarquer que : 1. les capitalistes produisant les moyens de subsistance pour les ouvriers ont sauvé, en [20] majeure partie, leurs revenus puisqu'ils ont augmenté leurs prix ; 2. l'aristocratie ouvrière, dont les salaires ont fortement augmenté en valeur absolue, par rapport aux salaires moyens, prendra le relais de la demande moindre en moyens de subsistance et en articles de luxe par les capitalistes, empêchant une baisse de prix dans ces secteurs, qui sanctionnerait, comme dans le premier cas, la diminution des profits patronaux due à l'augmentation générale des salaires.

Par rapport au premier cas, l'augmentation des salaires a toujours un effet positif sur le pouvoir d'achat des ouvriers, mais minime pour la grande masse, et considérable pour le petit groupe d'aristocrates ouvriers. En ce qui concerne les profits, la répercussion est toujours négative, mais moins que dans le premier cas ; en ce qui concerne la production, elle demeure pratiquement inchangée, ou si elle est affectée, c'est dans le sens normal du développement capitaliste : diminution de la part qui revient aux moyens de subsistance, et augmentation de la part qui revient aux articles produits normalement pour la classe capitaliste et auxquels l’aristocratie ouvrière participe.

Cette évolution souligne que la corruption des aristocrates ouvriers et leur esprit de collaboration de classe ont une base matérielle. Dans le livre II du Capital, Marx montre que, dans les pays développés au cours de la phase de prospérité une fraction de la classe ouvrière participe à la consommation des produits de luxe : « Ce n'est pas seulement la consommation des subsistances nécessaires qui s'accroit alors : la classe ouvrière, dans laquelle est alors entrée activement son armée de réserve tout entière [réalisant le plein emploi. N. d. T.], prend aussi part momentanément à la consommation des articles de luxe qui, d'ordinaire, lui sont inaccessibles, et en outre aussi à la catégorie d'articles de consommation nécessaires qui, dans leur majorité, ne constituent d'ordinaire que des moyens de consommation « nécessaires » que pour la classe capitaliste, phénomène qui, à son tour, provoque une flambée des prix [9]. »

[21]

En ce qui concerne la production, Marx précise aussitôt qu'aux moments de prospérité, le système capitaliste multiplie les ouvriers improductifs, « dont le paiement des services représente une partie des dépenses de luxe des capitalistes, ces ouvriers eux-mêmes étant dans cette mesure des articles de luxe » (ibid.).

En consommant des produits de luxe, l'aristocratie ouvrière, elle aussi, participe non seulement au superflu de la production capitaliste, mais encore à la dilapidation de la force de travail ouvrière, rendant improductifs ceux qui pourraient œuvrer utilement.

On ne peut dire que tous les salariés en général, quelle que soit la nature de leur activité, forment la classe ouvrière, classe productive par excellence et donc porteuse de la société socialiste. Il faut préciser à chaque fois leur place et leur rôle aussi bien dans la société et le domaine politique et idéologique que dans la production et le secteur économique, surtout à l'heure actuelle, où les catégories professionnelles sont de plus en plus nombreuses et différenciées, les activités de plus en plus improductives de par le jeu spontané du capitalisme sénile et la longue passivité des syndicats conservateurs.

Cette corruption d'une fraction de la classe ouvrière, Engels l'a dénoncée violemment à une époque où le gouvernement - agent économique par ses interventions despotiques dans la production  - se chargeait de l'opérer. Il est significatif que ce gouvernement se para aussitôt de l'étiquette ouvrière, en l'occurrence le « socialisme impérial » de Napoléon III : « Une partie de la bourgeoisie, comme des ouvriers, est directement achetée. L'une par les filouteries colossales du crédit, qui font passer l'argent des petits capitalistes dans la poche des grands ; l’autre, par des grands travaux nationaux, qui concentrent dans les grandes villes, à côté du prolétariat normal et indépendant, un prolétariat artificiel et impérial, soumis au gouvernement [10]. »

Pourtant même a contrario, la classe ouvrière est la classe déterminante de la société de par son rôle dans la production en général. Son attitude qui, dans l'économie, se manifeste essentiellement au travers de ses organisations syndicales, [22] est toujours décisive, même lorsque celles-ci se cantonnent dans l'abstention ou la passivité, abandonnant la direction de l'économie au patronat et à l'État capitaliste. Comme Marx l'a amplement démontré [11], les modifications survenues dans la distribution ou la répartition du produit général influencent au plus haut point l’orientation de la production vers tel ou tel secteur. Et c'est par ce mécanisme que les revendications syndicales - conservatrices ou révolutionnaire  - exercent une influence non négligeable sur la qualité de la production.

Aujourd'hui, dans les pays développés, le phénomène de la corruption de la classe ouvrière est matériellement lié au pourrissement social de l'appareil de production qui devient de plus en plus antisocial, comme en témoignent l'industrie de l'inutile et le pourcentage croissant de l'armement dans la production générale. La bourgeoisie a répandu avec complaisance des déclarations proprement révoltantes de leaders syndicalistes américains, entre autres, qui préfèrent qu'une guerre coloniale se poursuive plutôt que de tolérer un chômage parmi les ouvriers « antiproductifs » de la guerre (le fait qu'ils ne voient que cette alternative en dit long sur l’idée qu'ils se font du cours de l'industrie, implacablement capitaliste pour eux).

Marx, Engels et Lénine ont établi la loi selon laquelle la violence révolutionnaire devient de plus en plus nécessaire, dure et douloureuse, à mesure que le capitalisme gonfle son appareil d’État et de gestion pour maintenir un ordre dépassé par le niveau social des forces productives. Qui plus est, l’appareil productif connaît une hypertrophie de fonctions et d'activités inutiles et antisociales, au point de créer un mur d'opposition entre pays riches et pays pauvres qui sont pourtant tous capitalistes. Dans les pays développés, la production a pris un sens proprement dégradant pour la consommation, mais la racine du mal se trouve dans la production et la politique des partis, notamment ouvriers, qui couvrent cette évolution abrutissante et débilitante pour la société tout entière, qui demain devra subir un procès de dictature d'autant plus long et impitoyable que les partis et organisations ouvrières dégénérés ont permis, voire soutenu, un cours aussi contre nature et antihumain de la société actuelle.

[23]

Sans doute, Marx et Engels n'ont-ils pas vécu ni connu des phénomènes aussi aberrants, mais en s'attaquant au mal dès sa formation, à sa racine, ils nous ont fourni tout l'arsenal théorique pour juger et condamner la dégénérescence dans laquelle sont tombés les syndicats conservateurs, véritables âmes damnées de la bourgeoisie.

Aristocratie ouvrière, agriculture
et colonialisme


Dans les textes de la fin de notre premier tome, Marx et Engels dénonçaient à l'avance la collusion de l'aristocratie ouvrière avec sa bourgeoisie pour la défense de la patrie commune dans le carnage impérialiste. Ils accusaient l'aristocratie ouvrière de participer à l'exploitation coloniale, ce qui est bien un comble pour une fraction de la classe ouvrière, seule classe réellement productive du capitalisme développé.

Le mécanisme économique par lequel le colonialisme et l'impérialisme débordent jusque dans la question syndicale est simple, et classique pour le marxisme. Le petit schéma du chapitre précédent nous a montré qu'une hausse de salaire particulièrement sensible pour la fraction privilégiée de la classe ouvrière fait participer celle-ci à la consommation de luxe réservée jusque-là  à la classe bourgeoise ou petite-bourgeoise ; elle favorise, en outre, la tendance « naturelle » du capitalisme, qui est de développer l'industrie et d'abandonner autant que possible l'agriculture, celle-ci satisfaisant moins efficacement la soif de profit et d'accumulation du capital. L'agriculture intéresse en premier le prolétariat, qui a besoin avant tout de manger et, de fait, convertit la majeure partie de son salaire en moyens de subsistance au sens large (y compris le logement, lié à la terre, donc à la rente foncière).

Si l'agriculture est un terrain ingrat pour le capital, c'est qu'il doit y attendre un an en général pour une seule rotation, se trouvant immobilisé improductivement pendant plusieurs saisons, alors que dans l’industrie les rotations peuvent être multipliées, si bien qu'un capital de 1000 francs par exemple, s'il donne 10% de profit à chaque rotation procure 100 francs dans l'agriculture, tandis que dans l'industrie il peut donner - toujours à 10%  - un profit annuel de 500 francs au moins, si le capital y tourne [24] cinq fois. En outre, pour se placer dans l'agriculture, le capital doit verser une rente au propriétaire de la terre, autrement dit abandonner une partie de la plus-value au rentier terrien [12]. Tout cela a pour résultat historique que le capitalisme vend les produits industriels bon marché et les denrées alimentaires à un prix élevé, contrairement au féodalisme, par exemple, où l'alimentation était peu chère, contrairement aux produits des manufactures et de l'artisanat.

Si l'industrie produit moins cher que l'agriculture, c'est que le prix moyen, courant, de l'article industriel est déterminé en fin de compte par la production de l'entreprise la plus moderne et la plus productive, soit par le coût de production le plus bas, tandis que, dans l'agriculture, le terrain le moins fertile détermine le prix moyen, tout ce qui favorise la productivité constituant la rente qui alourdit le prix moyen des denrées alimentaires [13].

L'Angleterre du siècle dernier n'avait donc qu'une ambition : devenir l'atelier du monde entier et abandonner l'agriculture pour se procurer les moyens de subsistance à bas prix dans les colonies. En faisant cela, le capitalisme anglais évitait toutes les limitations naturelles auxquelles il se heurte dans la terre et pouvait se développer à un rythme vertigineux [14]. Ainsi, la bourgeoisie pouvait jeter quelques miettes du festin à l'aristocratie ouvrière.

La production capitaliste a pour tendance et résultat, dit Marx [15], d'augmenter sans cesse la productivité du travail. Autrement dit, il accroît constamment la masse des moyens de production transformés en produits par un même travail additionnel qui se répartit donc sur une [25] masse de produits toujours plus grande, de sorte que diminue le prix de chaque marchandise, sans que la masse ou le taux de profit n'en baisse pour autant.

Cela nous ramène encore à l’aristocratie ouvrière. Comme nous l'avons vu, une hausse de salaire hiérarchisée lui permet de participer à la consommation de luxe des bourgeois. Or, maintenant il ne lui faut même plus nécessairement une augmentation de salaire pour que son pouvoir d'achat augmente, puisque les produits industriels, auxquels elle a accès, baissent de prix pour tous, « démocratiquement » - dit Marx  -, ce qui exclut tout de même la grande masse des ouvriers qui n'en achète pas ou peu [16].

L'aristocratie ouvrière -  à un degré moindre, certes, que les capitalistes - voit donc augmenter son niveau de vie du simple fait que la production industrielle s'accroît, d'où son culte de la production nationale qu'il faut augmenter et défendre contre les grèves sauvages ou prolongées qui perturbent l' « essor général » de la richesse. Désormais, l'aristocratie ouvrière épouse plus étroitement encore la conception des bourgeois que celle de la masse ouvrière, d'ailleurs formée le plus souvent d'étrangers immigrés ou d’ouvriers de couleur. C'est ce qui explique que, dans les pays développés, l'éventail des salaires puisse être moins large que dans des pays moins développés, sans que l'aristocratie ouvrière soit vraiment « lésée » : elle y est, sans doute, encore plus florissante [17].

[26]

Engels prévoyait, dans le cas classique de l’Angleterre, qu'avec la perte de l'Empire colonial et la crise, les aristocrates ouvriers anglais retomberaient dans le prolétariat : l'expérience historique ultérieure nous a confirmé ce fait objectif, mais du point de vue subjectif (politique) les traditions petites-bourgeoises restent si fortement enracinées que cette fraction, alors devenue radicale et combative, tend à se ranger directement (dans les rangs fascistes) ou indirectement (dans les rangs social-démocrates) du côté de la bourgeoisie et de l'ordre établi. Les traditions révolutionnaires générales et la longueur de la crise peuvent, dans une certaine mesure, contrecarrer cette évolution. Les grèves - ces écoles de guerre qui préparent à la révolution  - sont le test le plus sûr pour déterminer l'évolution future de l'aristocratie ouvrière [18]. Mais l'expérience historique nous rend pessimiste à cet égard.

De nos jours les prix agricoles montent à un rythme échevelé, non seulement pour des raisons de conjoncture (phase de prospérité), mais surtout pour des raisons historiques, qui rendent plus évident que le capitalisme est incapable de résoudre la question agraire, alimentaire. L'Angleterre, la France, etc., avaient réussi pendant près d'un siècle à trouver des produits alimentaires à bon marché dans les colonies, et ce moyen, avec l'expansion de l'industrie, a permis à la bourgeoisie d'émousser le mordant révolutionnaire des ouvriers anglais d'abord, français ensuite. Mais cette période de relatif bon marché des aliments est définitivement close maintenant, du fait des luttes révolutionnaires des peuples coloniaux contre l'impérialisme blanc. La classe ouvrière française, au travers de ses partis et syndicats ouvriers dégénérés, n'a pas apporté son soutien à ceux qui attaquaient alors sa bourgeoisie, comme en témoigne l'épisode de la guerre d'Algérie [19]. Ce ne sont [27] donc que des faits économiques encore plus massifs el dramatiques qui pourront changer l’attitude de l'aristocratie ouvrière blanche, voire d'une fraction de celle-ci, ou politiser la large fraction déshéritée du prolétariat.

Marx avait prévu, dès 1848, que le capitalisme finirait par ne plus trouver de terres chez les autres pour nourrir à bon marché la population blanche. Ce qu'il n'a pas vu, c'est que les peuples de couleur ont dû chasser tout seuls les affameurs au milieu de l'apathie monstrueuse des classes ouvrières blanches, et créer pour celles-ci les conditions qui doivent les rendre de nouveau révolutionnaires, à savoir la nécessité de lutter pour manger.

Tous les efforts de la bourgeoisie en vue d'organiser le marché agricole n'ont désormais plus d’autre but que de planifier l'augmentation du prix des denrées alimentaires [20]. Marx avait prévu ce dernier stade : « A mesure que la population s'accroit, le grain étranger ne pouvant entrer dans le pays, on est bien forcé de faire valoir les terres les moins fertiles, dont la culture exige plus de frais, et dont le produit est par conséquent plus cher. [Cf. les terres vierges de Khrouchtchev et le retour à la terre en Angleterre]. Le grain étant d'une vente forcée [il faut bien manger], le prix s'en réglera sur le prix des produits des terrains les plus coûteux. La différence qu'il y a entre ce prix et les frais de production des meilleurs terrains constituera la rente foncière [21]. » Autrement dit, la rente parasitaire augmente avec les difficultés que l'humanité trouve à s'alimenter.

Lorsque les prolétaires réclameront un réajustement des salaires pour compenser la diminution de la baisse de leur niveau de vie, la bourgeoisie et ses innombrables laquais,  [28] économistes, journalistes et bonzes syndicaux, leur rétorqueront, comme toujours, que l'augmentation des salaires fera monter les prix et annulera l'effet de la hausse des salaires. Face à toutes les richesses accumulées, à toutes les capacités productives inouïes développées aujourd'hui, cet argument est absurde. Néanmoins chaque centime d'augmentation des salaires doit être arraché à la plus-value, et exige une lutte acharnée : tout l’appareil de l’État, de la propagande, de la corruption, du chantage est mobilisé pour empêcher que la moindre parcelle de plus-value ne soit perdue pour ceux qui, innombrables, en vivent et représentent l'ordre établi. Ce sont ces millions de complicités, objectives et sournoises dans le « peuple » et parmi les « salariés » qu'il faut d'abord dénoncer et briser, avant de s'attaquer efficacement au système capitaliste lui-même, ce premier pas étant le plus difficile, mais constituant la condition sine qua non du second.



[1] Le marxisme constitue le principe d'explication majeur des phénomènes actuels auxquels il est sans cesse confronté, ce que nous faisons systématiquement dans nos notes de traduction. Procéder autrement serait faire monter Marx et Engels au Panthéon des auteurs académiques, en les vidant de toute vie.

[2] Dans les notes de l'Anti-Dühring, Engels définit le socialisme scientifique comme une théorie dépouillée des contingences historiques secondaires et troubles, c'est « un miroir corrigé certes, mais d'après les lois qui nous sont fournies par le cours historique réel lui-même, dont chaque moment peut être considéré à partir du point tout à fait mûr de son développement, bref de sa forme classique. »

Cette forme pure – classique - du capitalisme se dégage de plus en plus clairement, débarrassée de ses contingences secondaires et troubles, à mesure que le capitalisme mûrit. On peut donc affirmer sans paradoxe que les lois dégagées par le marxisme deviennent de plus en plus actuelles à mesure que le capitalisme approche de sa crise définitive. De fait, c'est alors que les rapports sociaux de classe sont les plus tranchés et les plus nets.

[3] Au Japon où les syndicats sont particulièrement liés au patronat et à l'État, l'évolution des conditions de vie a été spécialement favorable à la stabilité sociale, représentée par le renforcement des classes moyennes : ces dix dernières années, le revenu global de celles-ci a progressé environ six fois plus vite que celui des ouvriers de l'industrie.

Les intérêts matériels du prolétariat ne s'opposent pas seulement à ceux de la bourgeoisie, mais aussi - bien que de façon plus complexe - à ceux des classes dites, moyennes. Ainsi, lorsque le gouvernement japonais a augmenté le riz de 3 à 4 fois, il a non seulement augmenté le revenu des paysans et boutiquiers (sans parler des spéculateurs et autres intermédiaires plus ou moins bureaucratisés), mais encore diminué le pouvoir d'achat du salaire des ouvriers qui mangent ce riz.

Avec leur agitation en faveur des petits producteurs ou détaillants, les agitateurs dits de gauche rejoignent, par des voies apparemment contraires, l'action des partis ouvriers officiels et dégénérés. De fait, leur mot d'ordre commun est le peuple, et ils tournent tous le dos à la classe.

[4] Cf. notamment Travail salarié et capital (1848), Salaire, prix et profit (1865) qui, dans les Éditions sociales, sont accompagnés en annexe du texte remarquable sur le Salaire. Voir, en outre, la Critique des programmes de Gotha et d'Erfurt (1875, 1891) qui définit les mesures économiques et sociales à prendre par la classe ouvrière au pouvoir, mesures qui se rattachent, en les complétant, aux revendications actuelles des ouvriers en lutte contre le capital.

[5] Cf. Le Monde, 17 août 1971, p. 16 : M. Edmond Maire (C.F.D.T.) : les grèves de longue durée ne sont pas les plus adaptées à nos objectifs.

[6] Dans la lettre à Weydemeyer en date du 5 mars 1852, Marx ramène à trois points tout ce qu'il a fait de nouveau en matière historique ; dans la lettre à Engels en date du 8 janvier 1868, il résume également en trois points les éléments nouveaux apportés par Le Capital. Il écrit à propos du salaire : « Pour la première fois, le salaire y est analysé comme la forme phénoménale irrationnelle d'un rapport que cette forme dissimule sous le salaire horaire et le salaire aux pièces. Le fait que de telles formules se rencontrent assez souvent dans les mathématiques supérieures m'a aidé. »

[7] En fait, le capitaliste ne paie l'ouvrier qu'après l'utilisation de sa force de travail, autrement dit l'ouvrier fait crédit au patron, et Marx d'ajouter qu'aux temps de crise et en cas de banqueroute, on constate que ce perpétuel crédit de l'ouvrier au capitaliste n'est pas une simple vue de l'esprit. (Cf. Un chapitre inédit du « Capital », 10/18, 1971, p. 274-75.)

Le capitaliste avance la valeur du capital constant et variable, par rapport au marché, jusqu’à ce qu’il ait trouvé à vendre son produit.

[8] Cf. Engels à Conrad Schmidt, 27 octobre 1890.

[9] Cf. KARL MARX, Le Capital, t. II (Ed. soc., t. V, p.63). L'analyse de Marx est complète et ne néglige pas le phénomène de la flambée des prix qui, en période de prospérité, peut même abaisser le standard de vie de la masse des ouvriers, ou le tient à un niveau très bas vis-à-vis de celui des autres catégories sociales.

[10] Cf. ENGELS, La Question militaire prussienne et le Parti ouvrier allemand ; trad. fr. in MARX-ENGELS, Écrits militaires, p. 483.

[11] Cf. MARX, Fondements, etc., t. I, p. 23-27 : « Distribution et production. »

[12] Cf. MARX, Misère de la philosophie, chap. II, § 4. Au chap. I, § 2, il souligne que cette même loi aboutit à une dégradation croissante de la qualité des denrées produites, le coton, la pomme de terre et eau-de-vie devenant les pivots de la société bourgeoise.

[13] Cf. « Le Marxisme et la question agraire (suite) », Fil du temps N° 6, « La meilleure fabrique et le pire terrain » (p. 137-143).

[14] Marx considérait cette évolution comme révolutionnaire tant que le jeune capitalisme anglais bouleversait les rapports sociaux du monde entier, et notamment des pays figés dans une immobilité millénaire, pour les faire entrer dans le mouvement l'histoire, en se retournant contre le capitalisme.

[15] Cf. MARX, Un chapitre inédit du « Capital », p. 91. Dans ce même ouvrage, Marx démontre que l’augmentation de productivité bénéficie - au début du capitalisme surtout - à l’ensemble de la société, y compris parfois aux ouvriers. (Cf. p. 29-32 ; p. 85-98. Cf. également Le Capital, I., chap. XV.)

[16] Dans L'Industrie française face aux plans, Éditions d'organisation, les auteurs en viennent à la conclusion que les écarts de revenus des patrons de l'industrie sont d'autant plus importants que la hiérarchie des salaires est forte, « sans que pour autant l'efficacité progresse forcément ». Ce lien direct illustre la collusion entre aristocratie ouvrière et bourgeoisie.

[17] La France connaît cet « avantage » des pays développés, tandis que s'élargit encore, plus que dans tout autre pays développé comparable, l'éventail des salaires - en grande partie grâce à la politique  de la hiérarchie des salaires, pratiquée par la C.G.T. depuis la Libération. De 1956 à1966, « une fois la hausse des prix défalquée, l'inégalité des progrès en pouvoir d'achat apparaît assez considérable : + 48,70% en 10 ans pour les traitements mensuels des cadres ; 32,62% pour les employés ; 32,83% pour les techniciens et agents de maîtrise ; 31,59% pour les gains ouvriers moyens, et... 3,76 à 6% pour les smigards. » Cf. GILBERT MATHIEU, Le Monde, 25 novembre 1969. Les smigards sont très nombreux, puisque « 56% des Français ne paient pas l'impôt sur le revenu » (ibid., 26 janvier 1971). Cela ne veut pas dire qu'ils n'en paient pas du tout, mais seulement qu'ils ne gagnent pas assez pour payer des impôts directs. Ils gagnent en effet, suffisamment pour payer les lourds impôts indirects qui « démocratiquement » pèsent sur les articles de consommation courante.

[18] Le capitalisme est obligé de résister de plus en plus aux revendications particulières des catégories privilégiées à mesure que la crise s'approfondit, que la concurrence internationale s'accroît, bref que la bourgeoisie est plus près de ses sous. C'est donc l'évolution économique du capital lui-même qui attaque les positions particulières des catégories et lance celles-ci dans des actions qui, pour être efficaces, doivent être de plus en plus unitaires. Or, ces actions ne doivent pas aller dans le sens des catégories privilégiées, mais dans le sens de la masse déshéritée et du socialisme révolutionnaire. Cette différence est capitale pour l'issue de la lutte.

[19] Si l'on ne reconnaît pas toute l’ampleur de la faillite et de la déformation des organisations ouvrières actuelles dans la lutte contre l'impérialisme, on ne peut avoir de diagnostic juste sur la situation de la classe ouvrière et le rapport de forces réel. Il ne s'agit pas d'une question d'appréciation, mais de conception - donc de principes - qui détermine directement la vision de la théorie et de l'action révolutionnaires à mener. Seule une théorie radicale est en mesure de juger les déformations, déviations, louvoiements et hésitations qui égarent le prolétariat ou freinent son action.

[20] Nous n'avons pu recueillir, par exemple, l'article de Marx sur le « Projet de réglementation du prix du pain en France », in New York Daily Tribune, 15 décembre 1868. Marx y dénonce l'intervention du gouvernement français qui, sous prétexte, de bloquer le prix du pain à un niveau relativement bas pour le consommateur, ne fait qu'augmenter la spéculation et, en dernière analyse, le coût de la vie.

[21] Cf. MARX, Discours sur le libre-échange (1848).


Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le mercredi 4 avril 2018 19:27
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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