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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Ralph Waldo EMERSON, Essais de philosophie américaine. (1851)
Avant-propos


UUne édition électronique réalisée à partir du livre de Ralph Waldo EMERSON, Essais de philosophie américaine. Traduits en français et précédés d’une introduction par Émile MONTEGUT, 1851. Paris: Charpentier, Libraire-Éditeur, 1851, 312 pp. Une édition numérique réalisée à partir d’un facsimilé de la Bibliothèque nationale de France. Une édition numérique réalisée par Charles Bolduc, bénévole, Docteur en philosophie de l'Université de Sherbrooke et de l'Université Laval, ami et professeur de philosophie au Cégep de Chicoutimi.

[v]

Essais de philosophie américaine

Avant-propos

Au milieu du sable et de la poussière de la littérature contemporaine, j’ai trouvé quelques grains d’or, et je les mets sous les yeux du public français. Parmi tous les drames et tous les romans, toutes les histoires et tous les livres de philosophie que nous avons lus depuis quelque dix ans, voici tout ce qui nous a paru digne d’occuper la pensée d’un lecteur sérieux. Les presses de tous les pays mettent au monde des milliers de volumes, la production littéraire s’accroît d’année en année, mais la stérile fécondité de notre temps reste sans récompense. Le rapide succès et l’oubli plus rapide encore de toutes nos productions proclament à haute voix que la pensée n’a rien de commun avec les lois de la production et de la consommation, de l’offre et de la demande. Tous nos livres semblent écrits en vue d’une fin économique et philanthropique ; toute notre littérature, depuis des années, semble n’avoir d’autre but que celui de fournir l’occasion de gagner leur salaire accoutumé aux compositeurs, imprimeurs, brocheurs, plieuses et relieurs ; le théâtre et la presse, la politique et la poésie proclament à l’envi le célèbre droit au travail. Aussi avec quelle joie l’esprit ne s’attache-t-il pas aux pages rares et durables qu’il rencontre par hasard au milieu de cet entassement de non-sens, d’inutilités et de superfluités intellectuelles ! Avec quelle ardeur ne recherche-t-il pas les livres qui n’ont pas été écrits exclusivement en vue d’augmenter le bien-être social et de maintenir les salaires en équilibre, mais qui ont été écrits pour la satisfaction d’une intelligence élevée, pour le repos d’une imagination impuissante à garder plus longtemps ses [vi] secrets, pour l’accomplissement du devoir d’une âme qui a reconnu l’obligation de faire participer ses semblables au bien qu’il lui a été donné de découvrir, à la vérité qu’il lui a été donné d’apercevoir !

Un tel bonheur nous a été donné la première fois que le petit livre d’Emerson est tombé sous nos yeux. Bien des événements se sont passés et bien des années déjà se sont écoulées depuis cette minute pleine de ravissements, et pourtant notre admiration pour ces pages a résisté aux inévitables modifications que le temps a fait subir à notre pensée ; les événements n’ont fait que confirmer notre opinion sur les tendances de ces doctrines, et n’ont fait pour ainsi dire qu’approuver nos sympathies ; en un mot, le cours du temps nous a convaincu que le plaisir que nous avions pris en lisant ces Essais n’était pas la puérile joie de nous sentir amusé, mais provenait du sentiment que nous avions reçu les confidences d’un esprit épris de la vérité ; c’est pourquoi nous offrons avec confiance au lecteur cette traduction. Notre admiration n’est-elle qu’une illusion ? Le public français prononcera et jugera.

Dans cette traduction nous avons respecté scrupuleusement le texte de notre auteur. Nous avons cherché à calquer exactement notre phrase sur la sienne ; nous avons voulu reproduire même, au risque de quelques incorrections, le mouvement du style et la couleur des pensées. Nous n’avons pas voulu user d’analogies pour reproduire ses bizarres comparaisons et ses singulières métaphores écloses sous un autre ciel que le nôtre, en face d’une nature différente de la nôtre Nous les avons respectueusement transplantées dans notre traduction, comme un spécimen de plantes exotiques et de fleurs inconnues au public français.

Maintenant oserons-nous avertir le lecteur qu’il doit, pour juger ces pages, faire abstraction de ses préjugés, s’il en a, comme cela est, hélas ! trop probable ? S’il les lit avec des yeux de catholique, de constitutionnel, de radical et de démocrate, il risque fort de ne pas y trouver ce qu’il y cherchera : la justification de ses erreurs, l’apologie de ses passions, l’approbation de ses idées ; mais s’il dépouille [vii] ses opinions qui, après tout, ne sont pas lui, mais ne sont que la forme qu’a revêtue l’approbation donnée par lui à quelque livre lu antérieurement, à quelque homme entendu jadis ; s’il s’efforce de faire pour Emerson ce qu’il a fait autrefois pour ce livre qui est devenu son évangile, et pour cet homme qui est devenu son guide, c’est-à-dire s’il lit avec sympathie, s’il arrache l’étiquette de parti, la cocarde qu’il a mise sur son chapeau, et s’il rentre dans sa véritable nature, dans sa nature d’homme qu’il a perdue plus ou moins, du moment où il a pris l’habit d’un parti, alors il trouvera bien des germes féconds, bien des pensées salutaires dans ce petit livre ; il reverra bien des lueurs qu’il avait aperçues autrefois et qu’il a éteintes ; il retrouvera bien des désirs qu’il a étouffés ; il se sentira débarrassé du poids de ses opinions, indépendant de son parti, et libre pour un moment de la chaîne qu’il traîne après lui ; il retrouvera son énergie native, et jettera loin de lui cette chaîne qu’il s’est volontairement attachée au pied, cet uniforme dont il s’est volontairement couvert, et puisse-t-il ne pas le reprendre après.

Quant à ceux qui ne cherchent dans les livres que le plaisir, et qui demandent avant tout à être amusés, eux aussi ils peuvent lire sans crainte d’être rebutés ; ils trouveront des couleurs pour réjouir leurs yeux. À ceux-là simplement nous dirons valete et plaudite ; mais à ces âmes plus rares qui se défendent du malsain scepticisme de notre époque par une noble défiance, et qui ont élevé un culte à l’indifférence, pour ne pas sacrifier sur les autels des bizarres divinités du temps, nous dirons, sachant bien que nous n’avons pas besoin de leur recommander ce livre : puisse le bien contenu dans ces quelques pages passer en vous ; puissent les pensées du bien qui auront germé dans votre esprit pendant cette lecture, croître et répandre autour de vous leurs graines fertiles et leurs célestes parfums !

15 décembre 1850.

Emile MONTEGUT

[viii]


Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le mercredi 11 octobre 2017 7:04
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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