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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Addition aux pensées philosophiques
ou objections diverses contre les écrits de différents théologiens
. (1762)
Avant-propos


Une édition électronique réalisée à partir du texte de Denis Diderot (1762), “Addition aux pensées philosophiques ou objections diverses contre les écrits de différents théologiens” (1762), in DIDEROT, Oeuvres complètes, éd. Assézat-Tourneux, Paris, Garnier Frères, 1875, tome 1, pp. 158-170. Un avant-propos inédit de Christophe Paillard. Un édition réalisée par M. Christophe Paillard, bénévole, professeur agrégé de philosophie au Lycée international de Ferney-Voltaire et artisan de FacPhilo

Avant-propos

par Christophe Paillard,
professeur agrégé et docteur de philosophie
Ferney-Voltaire, le mardi 4 novembre 2003.


Dans une lettre à Sophie Volland du 11 novembre 1762, Diderot annonçait le prochain achèvement de l’Addition aux Pensées philosophiques :

« Vous aurez tôt ou tard ce supplément aux Pensées philosophiques. Il y a des idées qui vous feront plaisir. »

Si cet opuscule fait suite aux Pensées philosophiques de 1745, Diderot s’y fait plus incisif, mordant et critique de la religion. On mesure par là l’évolution de sa pensée. Que de chemin parcouru ! Les interprètes ont retracé la révolution intellectuelle de sa philosophie basculant du déisme et du scepticisme des années 1740 à l’athéisme et au matérialisme militants des années 1750-1780 [note 1]. L’Addition s’inscrit dans le contexte du combat antichrétien des années 1760-1770. Alors que Voltaire s’était engagé dès 1759 dans le fameux projet consistant à « écraser l’infâme » [note 2] et avait, pour ce faire, produit en 1762 des pièces telles que le Sermon des Cinquante et l’Extrait des sentiments de Jean Meslier, Diderot, le baron d’Holbach et le cercle de la rue Royale [note 3] orchestraient de leur côté la publication d’une trentaine de traités antireligieux, qu’il s’agisse des manuscrits de la libre pensée française (Nicolas Fréret, Boulanger…) ou des œuvres du déisme anglais (John Toland, Anthony Collins, John Trenchard, Thomas Woolston, etc.). « Une bibliothèque nouvelle antichrétienne », commentera Diderot en 1765, ajoutant en 1768 : « il pleut des livres incrédules », « il pleut des bombes dans la maison du Seigneur » [note 4]. L’Addition a paru en 1763 dans la Correspondance littéraire, revue manuscrite confidentielle destinée aux têtes couronnées d’Europe, avant d’être publiée en 1770 par Naigeon dans son Recueil philosophique, ou Mélange de pièces sur la religion et la morale par différents auteurs. Elle se rattache clairement au projet antireligieux ayant fédéré la plupart des philosophes français des Lumières. On ne s’étonnera pas que cette pièce s’attaque aux Jansénistes (Pascal, Arnauld, Nicole et leurs épigones) plutôt qu’aux Jésuites. En passe d’être dissoute, la Compagnie de Jésus ne présentait plus dans les années 1760 de danger pour la philosophie française de la seconde moitié du XVIIIe siècle, qui redoutait l’hégémonie nouvelle du jansénisme.

L’Addition est sans conteste le plus voltairien des écrits de Diderot. Le principe de sa critique de la religion repose sur l’insurmontable opposition de la foi et de la raison. Entre les deux principes, il n’est pas de conciliation possible : «Si la raison est un don du ciel, et que l'on en puisse dire autant de la foi, le ciel nous a fait deux présents incompatibles et contradictoires.». Religion et théologie sont inacceptables en tant qu’elles supposent l’aliénation (« le sacrifice », écrit Diderot) de la rationalité, et donc l’aveuglement de l’humanité : «Égaré dans une forêt immense pendant la nuit, je n'ai qu'une petite lumière pour me conduire. Survient un inconnu qui me dit : Mon ami, souffle ta bougie pour mieux trouver ton chemin. Cet inconnu est un théologien.» Il n’est pas d’autre lumière que celle de la raison : «si je renonce à ma raison, je n'ai plus de guide».

Voltairienne en diable, et donc empreinte d’une ironie cinglante et caustique, cette critique de la religion s’organise schématiquement d’après trois axes aboutissant à une conclusion typiquement diderotienne :

1/ Critique générale de la religion fondée sur l’incompatibilité de la foi et de la raison L’obscurantisme de la religion contredit les lumières scientifiques et morales de la philosophie (propositions I-X ; XVIII-XXXIII, etc.).

— L’absurde notion de miracle ne prouve rien : « Prouver l’Evangile par un miracle, c’est prouver une absurdité par une chose contre nature » (proposition XXI ; cf. XIX-XX, XXIV, XXV).
— La transsubstantiation eucharistique est contre nature (XXVIII-XXX).
— Les dogmes de la Trinité et de l’Incarnation sont contradictoires (propositions XXXVIII-XL ; XLV-XLVII ; LX-LXI).
— Le dogme du Saint-Esprit est païen et graveleux (LXII-LXIII).

2/ Critique morale de la religion, fondée sur :

— les difficultés des dogmes du salut, de l’élection et de la damnation (propositions XI-XVII ; LXVIII).
— les difficultés du dogme de la création en rapport à la responsabilité humaine (propositions XLI-XLIII).
— les difficultés du dogme de la damnation éternelle en rapport à la bonté de Dieu (propositions XLVIII.-LVIII).

3/ Critique scripturaire de la religion, fondée sur les difficultés du texte biblique :

— difficultés de la traduction de l’Ancien et du Nouveau Testament (propositions XXXIV-XXXVIII ; LVIII).
— problème de la concordance des Évangiles (proposition XLIV).
— problème de la multiplicité des révélations et des religions (propositions LIX, LXV-LXVII).
— problème des Évangiles apocryphes (proposition LXIV).

4. Conclusion diderotienne :

— Le Dieu chrétien abolit la notion même d’amour paternel (propositions LXIX-LXXI ; cf. les propositions LI et LIV).

Si la plupart de ces critiques sont classiques, trouvant leur répondant chez Voltaire ou d’autres philosophes, l’affirmation selon laquelle le sacrifice du Fils par le Père contredit la morale bourgeoise du bon «père de famille» est typiquement diderotienne : «Il n’y a point de bon père qui voulût ressembler à son père céleste». Les principes de la religion chrétienne nient ceux de la morale: telle est la conclusion de Diderot, confirmée par la conclusion inédite éditée par J. Assézat. Le mythe religieux est l’invention d’un infâme misanthrope, dont la haine et la jalousie vouent l’humanité à un tourment infini. Le prêtre a fait Dieu à son image : celle d’un père indigne. Tel est le fin mot de Diderot sur la religion.

Christophe Paillard, professeur agrégé et docteur de philosophie,
Ferney-Voltaire, le mardi 4 novembre 2003.

Notes :

Note 1: Cf. A. VARTANIAN, From Deist to Atheist. Diderot’s Philosophical Orientation, 1746-1749, in Diderot Studies, 1, 1949, pp. 43-63.
Note 2: R. POMEAU, La religion de Voltaire, Paris, Nizet, 1959, p. 310 : « L’infâme est donc l’intolérance, pratiquée par des Églises organisées, et inspirée par des dogmes chrétiens. En fin de compte, l’infâme, c’est le christianisme ».
Note 3: Le baron d’Holbach habitait rue Royale, près de l’église de Saint-Roch, où il tenait un salon qui lui valut le titre de «maître d’hôtel» de la philosophie des Lumières selon l’amusante expression de l’abbé Galiani.
Note 4: D. DIDEROT, Lettres à Sophie Voland du 24 septembre 1767 et du 22 novembre 1768 ; à Falconet de mai 1768.

Revenir au texte de l'auteur: Denis Diderot Dernière mise à jour de cette page le Samedi 15 novembre 2003 12:55
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue.
 
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