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Collection « Les auteur(e)s classiques »
II. - La Série des sciences (dite aussi loi de classement) est l'objet du Cours de philosophie positive tout entier; elle se Présente sous la forme d'une hiérarchie des six sciences fondamentales - Mathématique, Astronomie, Physique, Chimie, Biologie, Sociologie - disposées selon un ordre de dépendance (les suivantes dépendant des précédentes, mais non réciproquement), qui se trouve être aussi l'ordre de généralité et de simplicité décroissantes (ou l'ordre de spécialité et de complexité croissantes), l'ordre de dignité croissante - des sciences « inférieures » aux « supérieures » - et l'ordre d'importance humaine croissante ; c'est également l'ordre dans lequel les sciences se sont trouvées constituées à l'état positif, et celui selon lequel elles doivent être enseignées; enfin, à mesure qu'on passe des sciences du Monde aux sciences de l'Homme, les phénomènes sont de moins en moins aisés à prévoir, mais de plus en plus faciles à modifier. Sur cet ordre, qui constitue proprement une « série », il convient de faire deux remarques : Comte a reconnu, a un certain moment (vers 1850) la nécessité de la prolonger en y ajoutant une septième science fondamentale, la Morale. Ayant pour objet l'étude de l'individu, comme la Sociologie celle de l'Humanité, la Morale considère dans l'homme, non seulement l'intelligence et l'activité, comme la Sociologie, mais aussi le sen-ti-ment. Ainsi c'est la science la plus complexe, la seule complète, parce que vrai-ment concrète: elle considère son objet, l'individu humain, dans sa totalité, alors que toutes les autres ne retiennent que certaines propriétés des êtres, en faisant abstraction des autres. D'autre part, en toute occasion, Comte se plaît à retrouver cette série en progres-sant de divisions en subdivisions, ou inversement à la simplifier au moyen de réductions ou d'unifications successives, qui ne groupent pas toujours de la même façon les six - ou sept - sciences, mais qui ont, généralement, pour fin de condenser les termes inférieurs (les premiers de la liste) et de donner de plus en plus d'importance aux termes supérieurs. On peut donc composer un tableau qui permette de comparer les unes aux autres quelques-unes des figures variées que prend la série des sciences, à travers l'uvre de Comte.
Lorsqu'il s'agit de décrire et d'apprécier les différentes manifestations humaines, individuelles ou collectives, Comte les ordonne régulièrement en fonction de cette division ternaire, pour laquelle il emploie toujours les mêmes termes, mais en les disposant selon un ordre déterminé, chaque fois, par les exigences du sujet. Par exemple, les trois types de sociétés humaines, Famille, Cité, Église, concernent respectivement le sentiment, l'activité et l'intelligence ; les trois forces sociales - et les trois « Providences » - sont définies par la même méthode; les trois éléments constitutifs de la religion, le dogme, le culte et le régime s'adressent à l'intelligence, au sentiment, à l'activité ; les trois « transitions », qui séparent la théocratie de la sociocratie, développent successivement l'intelligence (l'élaboration grecque), l'activité (l'incorporation romaine) et le sentiment (la civilisation catholico-féodale). Les différentes pro-ductions ou créations de l'activité humaine se répartissent selon le même plan : à l'ordre intellectuel, ou mental, appartiennent les productions philosophiques et scien-ti-fiques; à l'ordre matériel, ou physique, les productions esthétiques, et pratiques, ou techniques ; enfin à l'ordre moral appartiennent les institutions morales et politiques. On trouvera, dans le Tableau suivant, le détail des dix « moteurs affectifs », des cinq « fonctions intellectuelles » et des trois « qualités pratiques »; ces divisions sont souvent utilisées, elles aussi; la division, par exemple, des instincts en égoïstes et altruistes, des instincts de « perfectionnement » en destructeur et constructeur, de l'ambition en orgueil et vanité, des sentiments en attachement, vénération et bonté, ou des fonctions intellectuelles en conception et expression.
IV. - Le Vocabulaire de Comte est un vocabulaire technique. Certains des termes qu'il emploie ont été créés par lui, mais selon des analogies si claires qu'on peut se dispenser de les définir : il a créé sociologie, sur le modèle de biologie, ou de cosmologie, etc. ; sociocratie, sur théocratie ; astrolâtrie, sociolâtrie, sur idolâtrie, avec cette différence, toutefois» que ces deux mots ne comportent pas de nuance péjorative. En dehors de ces inventions, exceptionnelles, Comte, toujours respectueux du langage humain, emploie les mots les moins recherchés, les moins affectés, mais il leur donne un sens précis, et toujours le même . En particulier, on trouve chez lui des séries, et principalement des couples de termes opposés ou corrélatifs, dont le sens est fixé précisément par ces oppositions ou corrélations. Ainsi, synthétique, sympathique, synergique, s'expliquent si l'on pense qu'ils ont tous trois le même préfixe et se rappor-tent respectivement à l'intelligence, au sentiment, et à l'activité. On rencontrera fréquemment les couples : temporel-spirituel, subjectif-objectif, absolu-relatif, égoïsme-altruisme, qui ne surprendront pas le lecteur. Dans d'autres cas, il sera bon d'être averti: le rapport de propriétés à substances, ou celui de phénomènes à êtres, correspond au rapport d'abstrait à concret ; spontané s'oppose à systématique, qu'il faut se garder de confondre avec synthétique, lequel s'oppose à analytique ; critique s'oppose à organique, qui n'est pas l'équivalent de positif, encore que l'état métaphysique puisse être dit négatif ou critique; la relation statique-dynamique est dans l'usage, mais il faut bien voir le sens précis que lui donne Comte, en sociologie en particulier, où elle correspond à la relation ordre-progrès; il faut savoir, enfin, que le terme de solidarité désigne les rapports sociaux entre contemporains, les rapports entre générations étant systématiquement caractérisés par celui de continuité.
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