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Collection « Les auteur(e)s classiques »

Christianisme et réalité sociale. (1934)
Préface de la 2e édition


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Nicolas Berdiaeff (Berdiaev) [1874-1948], Christianisme et réalité sociale. Traduit du Russe par I.P. et H.M. Paris: Les Éditions « Je sers » 1934, 254 pp. Collection “Écrivains religieux étrangers.” Une édition numérique réalisée par un bénévole qui souhaite conserver l'anonymat sous le pseudonyme “Antisthène”, un ingénieur à la retraite de Villeneuve sur Cher, en France.

[7]

Christianisme et réalité sociale.

Préface de la 2e édition


Le présent volume constitue la 2e édition du « Christianisme et lutte des classes », ainsi que celle de deux brochures publiées séparément et auxquelles a été adjointe l’étude « Christianisme et activité de l’homme » qui, elle, paraît pour la première fois en traduction française.

Bien que les essais composant ce livre aient été écrits à des époques différentes, l’ouvrage possède néanmoins une unité intérieure : l’effort entrepris pour comprendre la situation du christianisme en face de la nouvelle réalité sociale. Les chrétiens ont mis longtemps à se rendre compte de la transformation radicale que subissait leur religion par rapport au monde social environnant. Le langage même de l’Eglise, dans la mesure où il exprime une orientation vers le temps, au lieu de l’éternité, est périmé ; il est celui d’une réalité sociale qui déjà n’existe plus et l’élaboration de nouvelles catégories spirituelles, qui soient conformes au monde en voie de formation, s’impose.

Pourquoi le problème social est-il parallèlement [8] un problème spirituel ? La raison en est simple, c’est parce qu’il ne concerne pas seulement la société extérieure, mais aussi cette société intérieure, que constitue la communion spirituelle de l’homme avec l’homme. Il devient donc le problème de l’homme, celui de sa destinée. Or, le problème de l’homme est inéluctablement un problème spirituel.

En fait, nous assistons à une déshumanisation progressive de la société et de la culture dans le monde. Ce processus ne date pas d’aujourd’hui ; car l’ordre industriel capitaliste n’est pas autre chose qu’une de ses manifestations dans un domaine déterminé. En effet, alors que pour la conscience chrétienne c’est l’homme qui se tient au centre, l’économie étant créée pour lui, nous constatons que dans l’ordre actuel c’est l’inverse qui se produit et l’homme qui semble exister pour l’économie. Aussi la christianisation de la vie sociale correspond-elle à son humanisation. Ce n’est pas là un individualisme qui désigne toujours un isolement et un égoïsme, mais un personnalisme dans lequel la personnalité est au service des valeurs supra-personnelles.

Pour moi, le système social le plus conforme à la conscience chrétienne est celui que j’intitulerais le socialisme personnaliste ou personnalisme social et que j’opposerais au marxisme. Le marxisme a intégralement hérité du caractère anti-personnaliste de l’économie capitaliste. A son tour il déshumanise l’économie et se montre hostile au principe de la personnalité. J’entends par principe de la [9] personnalité tout autre chose que ce que l’on intitule « initiative personnelle » dans le monde bourgeois capitaliste et « intérêt personnel » dans la vie économique. J’estime que la socialisation de la vie économique peut être favorable au principe de la personnalité, à toute personne humaine, au lieu de ne l’être que pour un groupe privilégié.

Cet ouvrage est consacré en grande partie à la critique du marxisme, bien que je reconnaisse la valeur des jugements que Marx a porté sur le capitalisme. Cette critique peut être fertile et convaincante, si elle n’est pas formulée au nom de l’esprit bourgeois, ce qui est trop souvent le cas, mais si elle dénonce l’existence de cet esprit dans le marxisme lui-même.

Nous nous tenons devant la nécessité créatrice d’élaborer, des profondeurs du christianisme, une nouvelle attitude à l’égard de la réalité sociale. Et les méthodes de défense de la foi chrétienne contre les mouvements universels qui lui sont hostiles doivent être des méthodes nouvelles, elles doivent être fondées sur l’aveu des péchés commis par les chrétiens dans l’histoire, elles supposent une repentance sociale.

NICOLAS BERDIAEFF.

25 Mars 1934.

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Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le jeudi 5 octobre 2017 16:44
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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